Les montres de Carthagène

Cette histoire, rapportée par Paul Watzlawick, célèbre cofondateur de l’Ecole de Palo Alto offre une image intéressante en matière de rapport avec les autres :
« Un voyageur arriva dans la ville colombienne de Carthagène où la coutume était de tirer un coup de canon à partir de la forteresse tous les jours à midi ce qui permettait aux habitants de régler leur montre.

Or, ce voyageur remarqua que le coup de canon était tiré toujours une demi heure à l’avance. D’un naturel curieux, il demanda au commandant de la forteresse les raisons de cet écart.
Celui-ci lui confia que tous les matins, il envoyait un officier en ville pour régler sa montre sur celle d’une pendule réputée pour sa précision et qui était exposée dans la vitrine de l’horloger local.

Quand le voyageur voulut savoir d’où l’horloger tenait son heure « juste », celui-ci lui répondit fièrement qu’il réglait sa montre sur l’heure du coup de canon et que depuis bien des années il n’avait jamais constaté la moindre différence ! »

Cette anecdote croustillante n’est pas sans rappeler les rétroactions, objet d’étude la cybernétique, célèbre paradigme théorisé par Norbert Wiener. Elle nous montre qu’en matière d’information, nous calons souvent nos opinions sur celles des autres, qui, en retour, calquent leur opinion sur la nôtre : on tourne en rond, à l’instar des servomécanismes, vitaux en endrocrinologie pour l’homéostasie, ou régulation du milieu intérieur : plus on a soif, plus on boit ; en retour plus on boit on a soif, et la teneur en eau de l’organisme est ainsi maintenue constante. De même la glycémie ou la testostéronémie sont maintenues à une valeur de consigne par un rétrocontrôle. Ce concept se retrouve aussi avec les cellules de Renshaw, chargées de réguler l’activité des motoneurones. Le principe est d’ailleurs le même que celui du thermostat : afin de maintenir la température constante, le système doit comporter un effecteur et un appareil de mesure (en l’occurrence un thermomètre) : plus il fait chaud, plus le système abaisse la température ; plus il tend à faire froid, plus le système chauffe.
Plus généralement, l’entrée conditionne la sortie, selon la théorie informatique garbage in, garbage out (des déchets à l’entrée, des déchets à la sortie). Il n’est pas étonnant qu’il existe un lien entre informatique et psychologie, pour la simple raison que l’informatique est la science de l’information, or notre cerveau est une machine biologique traitant de l’information. C’est pourquoi la recherche en intelligence artificielle tend à simuler informatiquement notre cerveau par des réseaux neuronaux, tel que le perceptron.

Notre cerveau est un ordinateur

Si vous pendez que le grand manitou nous a doté d’un organe fabuleux, vous faites fausse route. Certes, le cerveau est fabuleux : par sa propriété d’auto-référence (conscience de soi), il est la chose la plus complexe dans l’Univers. Pour autant, les neurones sont des portes (bio)logiques permettant le traitement des signaux électriques (car en vertu de l’équation de Nernst, toutes les cellules sont électrisées en raison d’une assymétrie de composition ionique entre leur intérieur et leur extérieur). Je vous suggère fortement de jeter un coup d’oeil à ce lien, expliquant en images le principe des portes logiques (ce ne sont ni plus ni moins que des interrupteurs munis d’une table de vérité : si deux interrupteurs sont en dérivation et que l’un est fermé, le signal passe ; si deux interrupteurs sont en série et que l’un est fermé, le signal ne passe pas.) En dernier ressort, notre intelligence fonctionne sur le principe de l’algèbre de Boole… Les synapses sont les zones de connexion entre neurones où se produisent les opérations logiques. Noter toutefois que les astrocytes sont des cellules gliales qui pourraient également jouer un rôle dans la pensée.

L’analogie cerveau/noix. 

La ressemblance entre notre cerveau et les cerneaux de noix est flagrante. Nous savons aujourd’hui qu’elle s’explique par les fractals, structures géométriques dont le but est de tenir dans un espace restreint (boîte crânienne ou coque) tout en maximisant la surface d’échange (sang, lymphe/neurones – sève/parenchyme). Le réseau liquidien est d’ailleurs visible en surface des cerneaux : ce sont de petits vaisseaux brunâtres, correspondant au polygone de Willis chez nous (cercle artériel du cerveau).

Les cerneaux de noix, légèrement oblongues, sont en fait les cotylédons dont la structure est identique aux deux hémisphères cérébraux : on y reconnaît les gyrus, ou circonvolutions (ensemble de replis sinueux), délimités par des sillons.

Cerveau humain : le bulbe rachidien et le cervelet (en arrière) dépassent.

Ce cerneau de noix est comparable à un hémisphère cérébral. Au centre on reconnaît le hile, enserrant un pédicule où convergent les vaisseaux nutritifs.

Les deux cerneaux sont séparés, de mêmes que le cerveau droit et le cerveau gauche sont reliés par cinq commissures (les plus notables étant la commissure habénulaire, le corps calleux, et le fornix)

Sur cette photo de noix en développement, on reconnaît au centre l'analogue d'un ventricule cérébral (espace de circulation du liquide cérébrospinal).

Je ne sais pas si Dieu a créé l’Homme à son image, en revanche Il nous a créé à l’image des noix ! S’Il existe…

À propos de Alexandre Cohen

Etudiant en médecine et journaliste en herbe. Suivez-moi sur Twitter !

Publié le 29 avril 2012, dans Informatique, Psychologie, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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