Gémellité bizarre, grossesses multiples, ADN double…

A propos de l’anniversaire de la naissance chez la plus jeune mère de l’humanité, revenons sur ces phénomènes échappant à l’ordinaire scientifique. Dans le cas de cette grossesse à 5 ans, il s’agit d’un déséquilibre hormonal hyper précoce (la date des premières règles suit une fonction gaussienne : la plupart des filles se situent aux alentours du sommet de la courbe en cloche, mais rien n’interdit, dans des cas très rares, d’être marginal). Pour autant, la science décrit les phénomènes réputés universels, par conséquent elle est battue en brèche dans des cas insolites. Revenons justement sur ces inédits de la biologie, qui ont une explication même si nous n’en connaissons pas forcément tous les rouages…

La superfétation

La superfétation se définit comme l’implantation d’un nouvel embryon dans un utérus contenant déjà une grossesse. Bien plus rare que les grossesses extra-utérines (urgence chirurgicale), c’est aussi un phénomène plus étrange. Et pour cause, mener deux grossesses de conception différée dans le temps (souvent avec un père différent, on parle alors de superfécondation) n’est pas sans poser de problème : il arrive que cela tourne mal, sans que personne ne le sache… A défaut de donner naissance à des (faux) jumeaux de père différent, la mère se croit enceinte d’un enfant uniquement, et donne naissance à un enfant. Quarante ans plus tard, un patient consulte pour douleurs thoraciques : lors d’une radio, on lui retrouve une embryon fossilisé dans le poumon : son frère ou sa sœur issu d’une grossesse par superfétation. Ce phénomène peut également se produire lors d’une grossesse gémellaire ignorée : un des deux jumeaux se retrouve inclus à l’intérieur d’un autre, et l’on ne s’en aperçoit généralement qu’en cas de douleur…

Les jumeaux, justement

On parle de jumeaux, mais on devrait parler de types de jumeaux. La différence entre faux jumeaux (frères et sœurs nés en même temps dû à une ovulation simultanée des deux ovaires avec deux fécondations distinctes) et vrais jumeaux (issus d’une seule et même cellule-œuf) est nette. Mais, concernant les vrais jumeaux, dont la cause reste un mystère, connaît-on les différentes variantes ?

Tout d’abord, le placenta : les grossesses gémellaires peuvent se faire avec deux placentas distincts (bichorionique), ou un seul placenta (monochorionique), le second cas étant le plus rare.

Il en va de même pour l’amnios : la plupart des vrais jumeaux se développent dans le même sac amniotique, mais il peut arriver des grossesses biamniotiques.

Vrais jumeaux : l’un est une fille, l’autre un garçon !

Plus étrange, les vrais jumeaux hétérocaryotes : les vrais jumeaux… qui ne se ressemblent pas ! Du moins, ces jumeaux-là ne se ressemblent pas autant qu’ils le devraient. Malheureusement, souvent en mal : un jumeau (ou une jumelle) est normal(e), l’autre est atteint d’une maladie génétique affectant sa morphologie. Parfois, l’un est une fille, et l’autre son clone masculin, dû à la différence de chromosomes sexuels.

On parle d’hétérocaryote, car le patrimoine génétique est hétérogène : il est bel et bien différent chez les deux vrais jumeaux, et pourtant il s’agit de vrais jumeaux, puisqu’ils sont monozygotes (issus de la même celulle-œuf) ! Les hétérocaryotes sont en fait un cas de mosaïcisme génétique, un concept éminemment étrange…

Les chimères

A part les jumeaux dont la séparation a mal tourné (voir Abigal et Britanny Hensel), le deux-en-un prend des dimensions toutes aussi étranges lorsqu’il s’agit de passer un test ADN chez une personne apparemment normale. En effet, le dogme de la biologie veut qu’à toute personne (et plus généralement à tout être vivant !) soit associé un ADN unique. Bien sûr, cet ADN peut être le même ailleurs : à l’instar de petits pois issus de la même cosse, deux vrais jumeaux ont le même ADN (encore que les apports de l’épigénétique, à savoir les modifications du génome induites par l’environnement tendent à remettre cela en question). Il n’en demeure pas moins que chaque jumeau (ou jumelle) pris(e) séparément possède son ADN ! Bref : une personne, un ADN. Pas si sûr…

Mosaïcisme

Assez méconnu, le mosaïcisme est l’atout idéal pour échapper à la police scientifique (mais Les Experts Las Vegas y ont déjà pensé dans un épisode : Meurtre à double code, dernier épisode de la quatrième saison !) Dans de très rares cas, plusieurs génotypes peuvent coexister au sein d’une même personne, c’est-à-dire qu’un individu possède deux (ou plus) ADN ! Ce phénomène puise son origine dans les touts premiers stades du développement : en particulier, chez la femme, il est souvent du à des anomalies de lyonisation (inactivation d’un des deux chromosomes X, afin de ressembler à l’homme – qui n’en a qu’un)
Le mosaïcisme se révèle généralement quand certaines cellules sont malades et d’autres non, mais une histoire plus extraordinaire se serait produite aux Etats-Unis : une femme est le mélange de deux fausses jumelles qui avaient fusionné dans l’utérus ! Du coup, elle possède deux ADN : certaines parties de son corps sont dictées par l’un, et d’autres parties par l’autre. Plus fou encore, deux de ses fils ont hérité d’un profil génétique, et le troisième de l’autre ! Cela fait donc des frères qui n’ont théoriquement pas la même mère, et pourtant !

Quand nos parents et grands-parents survivent en nous…

« N’est pas mort pour toujours qui dort dans l’éternel, mais d’etranges éons rendent la mort mortelle. » : telle est une phrase du célèbre écrivain de science-fiction Arthur C. Clarke.

Selon de récentes études, nous posséderions tous des cellules de nos parents et de nos grands-parents, ce qui n’est pas sans rappeler les greffes. Si l’idée d’héberger des cellules d’autrui ne fait pas bon ménage avec notre sens de l’individualité, le phénomène est explicable : il proviendrait des échanges fœtaux à travers la barrière placentaire. En effet, le placenta, agissant comme un filtre vis-à-vis de certaines substances, laisse tout-de-même passer bon nombre de cellules maternelles (et par voix de fait grand-maternelles) qui peuvent persister jusqu’à l’âge adulte. De plus, cet échange a lieu dans les deux sens : la mère capte des cellules de son bébé ; c’est ce qu’on appelle le microchimérisme (plus de détails dans Pour la science), et ces cellules issues de frères et sœurs aînés peuvent se retrouver dans d’autres enfants de cette mère.

Il est à noter que si la mère ne rejette pas son enfant comme un vulgaire corps étranger (ça vaut mieux pour la survie de l’espèce…), c’est en raison de ces échanges cellulaires, impliquant notamment HLA-G, antigène primordial du complexe majeur d’histocompatibilité (CMH).

Il est également probable que ces cellules « étrangères » aient un rôle dans la réparation tissulaire, tout du moins qu’elles nous aident à rester en bonne santé. Si cela n’est aucunement prouvé, une hypothèse veut qu’avec le temps ces cellules disparaissent, laissant la voie libre aux cancers.

Greffes entre jumeaux

Durant la vie fœtale, des greffes de cellules souche hématopoïétiques ont été observées entre des faux jumeaux partageant le même placenta (échanges circulatoires). Ce chimérisme est constaté fortuitement lors de la détermination du groupe sanguin, qui met en évidence la présence d’une double population cellulaire. Les deux êtres ayant un groupe sanguin différent, c’est le résultat de cellules étrangères qui cohabitent avec les cellules d’un hôte. Dans des cas rarissimes, ceci peut conduire à de fausses exclusions de mater/paternité, étant donné que l’ADN identifié lors d’un prélèvement sanguin est différent de l’ADN gonadique.

En matière de jumeaux, une seule certitude : les médicaments utilisés dans le traitement de l’infertilité et la procréation médicalement assistée contribuent à augmenter la proportion de jumeaux. Vous voulez un enfant et vous avez du mal à en avoir ? Vous aurez des nonuplés ! A ne pas prendre au pied de la lettre…

Toujours est-il qu’en sciences, rien ne vaut parole d’évangile. De même que la sacro-sainte parole « un gène code pour une protéine » est mise à mal par l’épissage des ARN messager, beaucoup de considérations valables dans 99,9% des cas causent l’incompréhension dans les 0,01% restants. C’est le cas des hommes qui allaitent (gynécomnastie), car si fou que cela paraisse, l’homme a l’équipement pour, et il arrive que les glandes mammaires se développent outre-mesure. Et cela vaut aussi en physique : si la vie de tous les jours obéit à la physique classique, quelle ne fut pas la surprise des physiciens de découvrir que le monde microscopique (les particules), ou astronomique (les trous noirs, le Big Bang) sont régis par d’autres formes de physique, à savoir la physique quantique et la Relativité. Et en se remémorant le phénomène saugrenu de surfusion de l’eau, il ne faut vraiment pas aller trop vite en besogne !

À propos de Alexandre Cohen

Etudiant en médecine et journaliste en herbe. Suivez-moi sur Twitter !

Publié le 14 mai 2012, dans Biologie. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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