De la physique chez Montaigne (ou presque)

Bien connu des amateurs de science, le principe d’inertie, énoncé par Newton, stipule que pour un observateur terrestre, si un objet persiste dans son état de mouvement rectiligne uniforme ou de repos, alors les forces qui s’exercent sur lui sont toutes nulles ou se compensent ; et réciproquement, si les forces s’exerçant sur un objet sont toutes nulles ou se compensent, alors l’objet persiste dans son état de repos ou de mouvement rectiligne uniforme. »

Quelle n’en est pas l’implication ! En l’absence de forces de frottement due à la matière et ralentissant considérablement les aéronefs, les astronefs n’ont pas besoin d’utiliser leurs moteurs en continu : étant donné l’environnement vide dans lequel ils évoluent, une fois partis, ils continuent sur leur lancée (qui plus est en accélérant).

J’ai découvert dans les célèbres Essais de Montaigne (chapitre II du livre III) un parallèle surprenant. Dans l’édition en ancien français de 1588, on peut lire :

« Le monde n’est qu’une branloire perenne : toutes choses y branlent sans cesse, la terre, les rochers du Caucase, les pyramides d’Ægypte : et du branle public, et du leur. La constance mesme n’est autre chose qu’un branle plus languissant. »

Probablement sans le savoir (sait-on jamais !), Montaigne pressent une notion fondamentale à la base du principe d’inertie. En effet, la constance, c’est-à-dire l’immobilité n’est autre qu’un mouvement infiniment lent ; or ce constat n’est pas du tout évident dans la dialectique de l’époque.

Quelle n’aurait pas été la surprise de Montaigne s’il avait eu vent d’une théorie scientifique actuelle (voir ce lien du CNRS) selon laquelle le verre est un liquide qui ne coule pas, ou plutôt sa viscosité tend vers l’infini : il coule infiniment lentement, mais ces infimes pertes de matière ont pu être détectées.

Le verre est en fait un solide amorphe. On le considère comme solide car son nombre de Déborah est supérieur à 1, cependant cette distinction est arbitraire : la seule chose universelle derrière ce nombre de Déborah utilisé en rhéologie, c’est que plus il est petit, plus un matériau est fluide.

Il est intéressant de noter l’origine de ce nombre de Deborah : le nom provient de la Bible (Livre des Juges 5:5), dans un chant de la prophétesse Deborah : « Les montagnes coulèrent devant le Seigneur »

Les changements d’état ont toujours fasciné les hommes, d’autant plus s’ils sont instantanés…

À propos de Alexandre Cohen

Etudiant en médecine et journaliste en herbe. Suivez-moi sur Twitter !

Publié le 16 mai 2012, dans Littérature, Physique, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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