Nounours en bonbon se transforme en bombe

Avertissement : les nounours en bonbon ne sont pas conçus à des fins terroristes. Je décline toute responsabilité si vous faites exploser votre appartement en mélangeant ces monstres de gélatine à quelque produit que ce soit !

Chimie d’une confiserie

Dans le genre farfelu à l’extrême, les nounours en bonbon dans une éprouvette rivalisent avec le geyser de Coca-Cola ! Que de misères pour ceux qui s’appellent originellement Ours d’Or (Goldbär en allemand)…

Les Ours d’Or ont été inventés en 1922 par le fondateur d’Haribo, Hans Riegel. Ils s’appelaient Ours Dansant (aux fruits), puis Ours Noir (à la réglisse) avant d’acquérir leur identité présente en 1967.

Pour peu que l’on dépose un nounours en gélatine dans une solution de chlorate de potassium, se produisent des effets lumineux et un dégagement gazeux à faire pâlir Doc de Retour vers le futur qui met pourtant en route le convecteur spatio-temporel de sa DeLorean !

A se demander quel est le pire : enflammer d’innocents nounours en gélatine, ou faire exploser d’adorables oursons à la guimauve sous une cloche à vide ? Et pour cause : l’air emprisonné dans l’ourson cherche à sortir ! Dans la même veine, des nounours prêtent leur (petit) corps à la science :  ça mousse…

http://www.dailymotion.com/video/xh6sxt_l-apprenti-chimiste-des-nounours-qui-font-mousse_tech

Moralité : ne pas laisser traîner des oursons trop près d’un scientifique, les blouses blanches appréciant leur faire subir toutes sortes de tests ! Et encore, on pourrait les écarteler pour tester leur résistance à l’étirement, les liquéfier pour tester leur point de fusion, les vaporiser pour tester leur point d’ébullition ! Certains les noient, alors…

La Passion des nounours en bonbon

Ils font leurs prières sur la croix, tout du moins sous l’eau vous pensez ? Ne croyez pas tout ce que vous voyez ! Ce nounours immergé se porte à merveille : de même que certaines pailles ne sont pas cassées dans l’eau en raison de la réfraction de la lumière, ce nounours donne l’illusion de se dissoudre : les bulles s’agrégeant autour de lui (à cause des forces de tension superficielle !) le floutent. En le retirant de l’eau, il est intact ! Son volume a même doublé : il est bien sûr gonflé d’eau.

Etant donné la dilution (une même quantité de matière dans un volume double !), le nounours perd son goût, mais reste comestible…

Confectionné avec de la gélatine, il n’y a rien de surprenant à ce qu’il gonfle : la gélatine absorbe l’eau, c’est pourquoi elle permet de faire des gelées… Elle est d’ailleurs issue du tissu conjonctif du porc (ou d’autres animaux), riche en collagène, protéoglycanes (assemblage d’une protéine et de glycoaminoglycanes), mais surtout en eau. Rassurez-vous, le collagène est hydrolysé (« cassé ») ! Théoriquement, il pourrait même y avoir des résidus d’acide hyaluronique, dont l’industrie cosmétique vante les mérites anti-rides. Je doute cependant que des liftings aux nounours soient possibles… C’est vrai : l’acide hyaluronique fixe l’eau, mais étant donné le traitement chimique des restes de porc au produit fini (le nounours !), je doute qu’il en reste un chouilla… J’en appelle aux experts en nounours en bonbon pour nous renseigner sur le sujet !

L’acide hyaluronique est connu en médecine pour sa rétention d’eau ; la hyaluronidase est une enzyme que contiennent notamment les staphylocoques : elle hydrolyse l’acide hyaluronique (libère l’eau de cette éponge), fluidifiant ainsi le tissu conjonctif pour que le microbe pullule à volonté…

Mais ce nounours gonfle en raison de la pression osmotique : toute substance a tendance à diffuser en solution (selon la loi de Fick). Il se trouve que la gélatine agit comme une membrane semi-perméable : elle ne laisse passer que l’eau, et (presque) pas les bonnes choses à l’intérieur du nounours (c’est-à-dire le sucre !). Il y a donc impossibilité d’égaliser les concentrations en sucre (principalement) entre l’intérieur et l’extérieur du nounours ; c’est pourquoi l’eau entre dans le nounours afin d’abaisser la concentration en sucre. Forcément, la concentration est le rapport d’une quantité de matière à un volume ; il n’y a pas 36 solutions : ou la quantité de sucre diminue à l’intérieur du nounours (ça n’est pas possible !) ou le volume (au dénominateur !) augmente, et cela se répercute sur la concentration : elle baisse… Pas folle la guêpe !

Honte à ceux qui voudraient utiliser nos amis colorés comme polymère superabsorbant : le nounours ne gonfle pas indéfiniment, pour la bonne raison que l’eau a une certaine osmolarité à cause des sels minéraux (ions) qu’elle contient ! Dit autrement, elle exerce également une pression osmotique sur le nounours, le forçant à calmer ses ardeurs… Une fois que Monsieur a doublé de volume, un équilibre s’installe.

Explication scientifique

Passionnants nounours ! Revenons-en à nos moutons : comment diable un nounours en bonbon peut-il dégager autant de lumière et servir de fumigène ? Par la puissance de la chimie !

Anatomie d’un nounours en bonbon : êtres de chair et de sang vs êtres de sucre et de gélatine !

Le chlorate de potassium (KClO3) est un oxydant puissant, c’est-à-dire qu’il est à-même à capter des électrons.

Ceci n’est pas de l’héroïne, mais du chlorate de potassium…

Le chlorate de potassium, à ne pas confondre avec le chlorure, est utilisé pour les explosifs et feux d’artifices, justement ! Le perchlorate de potassium (KClO4), un dérivé, est même utilisé comme combustible (propergol) pour le lancement des fusées et missiles intercontinentaux : autant dire qu’il recèle pas mal d’énergie !

Sous l’effet de la chaleur, le composé qui nous intéresse se décompose ainsi :

2 KClO3(s) → 3 O2(g) + 2 KCl(s)

Cette réaction très exoénergétique produit donc du dioxygène, ainsi que des particules de chlorure de potassium.

Comme son cousin perchlorate, le chlorate de potassium transfère exothermiquement ses atomes d’oxygène aux matières combustibles… tels les sucres (glucose et saccharose) présents dans le nounours !

En présence de dioxygène, les sucres que renferme le nounours sont oxydés. Pour être initiée, la réaction ci-dessous (avec le saccharose) nécessite toutefois une certaine énergie d’activation, fournie par la décomposition du chlorate de potassium.

C12H22O11(s) + 12 O2(g) → 12 CO2(g) + 11 H2O(l)

Cette réaction libère de l’énergie, contenue dans les liaisons chimiques entre atomes. Le saccharose est un diholoside, formé d’une molécule de glucose et d’une molécule de fructose reliées par une liaison osidique, mais les liaisons internes du glucose sont les plus riches en énergie.

La molécule de saccharose, composée d’atomes de carbone (en noir), d’hydrogène (en blanc), et d’oxygène (en rouge) est riche en énergie.

De plus, la gélatine est constituée de longues molécules qui se lient entre elles à la manière d’un filet, en formant des alvéoles : le gaz s’accumule dans ces « poches », ce qui pérennise la réaction.

Optimisation du mélange inflammable

La réaction entre chocolat et acide sulfurique n’est pas moins étrange : voir comment vaincre l’acide sulfurique avec du chocolat. Par conséquent, on peut ajouter une cuillerée d’acide sulfurique au mélange réactionnel, afin que cela détonne avec le sucre du nounours !

De la fumée verdâtre ?

Pour une toxicité maximale, les vapeurs que dégagent notre nounours ne perdraient rien à être agrémentées de bertholite, gaz de combat utilisé durant la Première Guerre Mondiale et qui n’est autre que du dichlore.

Avertissement, donc : si l’on tient à la vie, il vaut mieux ne pas mélanger acide chlorhydrique et permanganate de potassium : les ions chlorure de cet acide ont la fâcheuse tendance d’être oxydés en dichlore, gaz extrêmement toxique. Pour la même raison, le mélange jus de citron ou vinaigre ou décapant + eau de Javel est fortement déconseillé !

Ainsi, en plus du chlorate et du permanganate de potassium, dans le cas où un nounours kamikaze baignerait dans l’acide chlorhydrique, il se transformerait en fumigène lumineux dégageant un gaz mortel…

Retardateur

Pour créer un (giga !) nounours en bonbon à inflammation différée, il suffit de s’inspirer d’un des procédés d’amorçage d’une bombe atomique, en élaborant au moyen de ressorts et d’un réveil un système type Gun, tel qu’utilisé dans l’ogive Little Boy larguée sur Hiroshima :

La technique du pistolet consiste à projeter un bloc de matière fissile contre un autre afin de concentrer la masse critique nécessaire à l’explosion.

Bien entendu, notre frimousse en gélatine ne peut pas faire office d’uranium (à moins d’avoir accès à un cyclotron, et il faudrait dévaliser une usine Haribo pour obtenir suffisamment de combustible nucléaire…)

Cela dit, le nounours fait office de projectile ! Par un ingénieux système à implémenter dans une bombe artisanale, il s’agit de le mettre en contact avec le chlorate de potassium pour déclencher la réaction.

Imaginez la tête des autorités devant un forcené d’un genre nouveau… Ah, confectionner une mitraillette à nounours en bonbon et s’enfermer dans une pièce avec une bouteille de chlorate de potassium !

Trop calorique, dites-vous ?

Quant on voit ce que donne la rupture des liaisons moléculaires d’un nounours de rien du tout, on comprend mieux pourquoi la désintégration atomique génère une énergie phénoménale !

En vertu de la formule E=mc2, si, à l’instar de Doc (toujours et encore !) équipant sa DeLorean d’un générateur nucléaire à fusion froide, un nounours en bonbon de quelques grammes pouvait être transformé intégralement en énergie, il générerait aux alentours d’un demi pétajoule (5*1014 J). Cela correspond à l’énergie produite par une centrale nucléaire en un mois et demi environ ! Comparé à la consommation énergétique mondiale, 3*1020 J par an, un seul nounours en bonbon recèle assez d’énergie pour pourvoir aux besoins de l’humanité durant une demi-minute ! C’est énorme ; et cela vaut bien sûr pour n’importe quoi, y compris la poussière…

En nous, le même nounours fournit 160 kJ (35 calories), c’est-à-dire que le rendement chimique de notre métabolisme est trois milliards de fois inférieur au rendement nucléaire théorique !

Glucose et saccharose sont des glucides… Les glucides, ça contient de l’énergie !

Tenez-vous bien… La réaction se produisant en tube à essai est la même que celle qui nous maintient en vie (à ceci près qu’en nous elle est initiée autrement que par le chlorate de potassium) ! En ce moment, des millions de molécules de glucose sont oxydées dans nos cellules (plus précisément dans les mitochondries). L’oxydation complète du glucose en dioxyde de carbone et eau porte le nom de respiration cellulaire. Passant par la glycolyse et le cycle de Krebs, la dégradation du glucose nous maintient à 37° C, été… comme hiver (lorsqu’il fait -10 dehors !).

Et si nous n’avons guère besoin de chlorate de potassium pour détoner, carburer, ou avoir la pêche, c’est en raison d’enzymes, biocatalyseurs qui abaissent l’énergie d’activation des réactions biochimiques.

Activation2 updated (fr).svg

Une enzyme facilite grandement une réaction chimique en abaissant le seuil énergétique d’activation.

Pour aller plus loin

Lors d’un malaise hypoglycémique, rien de tel que de donner un sucre pour récupérer de l’énergie ! D’accord, si : appeler les secours pour qu’ils procèdent à une injection de glucagon, hormone hyperglycémiante, ou administrent du glucose en intraveineuse, mais là n’est pas la question…  En nous, tout sucre ingéré est transformé en glucose afin de produire de l’énergie. Or le saccharose en contient, c’est pourquoi, lors d’un malaise hypoglycémique, il est bon de donner du sucre (au sens commun du terme), plutôt qu’autre chose : le pain, par exemple, contient de l’amidon, polymère (amas) de glucose, mais sa transformation en glucose véritable nécessite la production de salive, en raison d’une enzyme, l’amylase, qu’elle contient. Le saccharose est bien plus rapidement métabolisé en glucose, et il passe, dissout, directement dans le sang par la voie sublinguale. L’amidon, lui, est plus long à dissoudre : il faut en moyenne deux à trois minutes à la salive pour le transformer en glucose, ce qui correspond justement aux réserves sanguines d’oxygène : la victime a le temps de mourir ! Fort heureusement, il existe des mécanismes alternatifs de production d’énergie, appelés cétogenèse et néoglucogenèse, et qui consistent respectivement en l’utilisation des acides gras et des protéines pour fournir de l’énergie. Ce sont surtout des voies biochimiques d’appoint, mais elles laissent le temps aux secouristes d’arriver avec du glucose, car en définitive il est le combustible phare de notre corps. Et par « phare », il permet vraiment de nous illuminer dans l’infrarouge, c’est-à-dire de nous rendre chaud !

Lavoisier le disait : « la vie est une combustion lente ». Et le dioxygène un comburant ! A noter qu’en pratique tout n’est pas si simple : en général, lorsqu’on tombe dans le coma, le corps a déjà puisé dans ses réserves protéiques et graisseuses…

Dans les faits, l’oxydation du glucose passe par sa transformation en pyruvate (glycolyse), puis en acétyl-coenzyme A et est couplée, grâce au cycle de Krebs, à la phosphorylation, au sein de la matrice mitochondriale, de l’ADP (adénosine diphosphate) en ATP (adénosine triphosphate), véritable nourriture de toutes les cellules, de quelque organisme vivant que ce soit !

L’urée composant l’urine provient, elle, de la combustion des protéines…

Ces réactions-là, abominablement complexes, vont de paire avec la voie des pentoses phosphates, la béta-oxydation, la voie d’Entner-Dooudoroff chez les bactéries, et sont détoxifiées en outre par le système glyoxalase. Elles ne font pas que libérer de l’énergie à « l’état brut »: elles permettent de la stocker provisoirement (dans les liaisons phosphate de l’ATP) ! D’aucuns ne diront qu’il s’agit d’éviter la combustion spontanée ; mais ce phénomène n’a jamais été prouvé scientifiquement… Il s’agit surtout d’utiliser l’énergie avec parcimonie, selon les besoins, d’autant que le rendement du métabolisme est faible : la plus grande partie de l’énergie libérée par la combustion du glucose (80 %) est convertie en chaleur ; or en été aux tropiques, l’essentiel n’est pas de se chauffer à 37 quand il fait 40 dehors, mais de rendre l’énergie disponible pour la machinerie cellulaire (maintien du potentiel électrochimique de membrane, réplication cellulaire, synthèse de protéines, battements cardiaques…). Bref : construire un hamac, chercher son prochain partenaire sexuel sur la plage demandent de l’énergie, sous forme autre qu’une effusion de chaleur…

Douceurs du farniente…

L’enjeu de stocker chimiquement l’énergie et non de la dissiper aussitôt sous forme calorique ou lumineuse est crucial ! Vital même…

Qu’il s’agisse de cligner des yeux, siroter un cocktail, abaisser ses lunettes de soleil, courir jusque dans l’eau, adresser la parole, ou maintenir une érection, cela demande de l’énergie mécanique (une certaine activité est encore plus gourmande en énergie…) ; quant à penser à la soirée qui s’annonce à la discothèque ou sous les palmiers, cela demande de l’énergie électrique entre neurones. D’autant que les organes (cerveau, poumons, reins, foie, cœur, rate, estomac, intestins) fonctionnent en permanence ! Dieu soit loué, notre corps gère l’énergie et est pourvu d’un système sophistiqué de thermorégulation (hypothalamus) afin de ne pas finir en chair à pâté comme le malheureux nounours dès que les conditions s’y prêtent…

La combustion du nounours et notre métabolisme fonctionnent sur le même principe, seulement l’expérience du nounours est comparable à une bombe atomique, tandis que nous serions une centrale nucléaire : tout est sous contrôle (sauf accident = fièvre !), les enzymes, récepteurs et hormones jouant le rôle de l’eau lourde (modérateur de neutrons), des capteurs et des ordinateurs.

Pour la petite histoire, lors de la photosynthèse les végétaux font exactement l’inverse (cycle de Calvin) : ils produisent du glucose à partir du dioxyde de carbone et de l’eau. Cela se passe au sein des thylakoïdes, mais aussi du stroma : nous sommes bel et bien dans les chloroplastes, et non les mitochondries !

Emission lumineuse

En étant attentif, on remarque que la lumière émise dans l’expérience a une couleur violette/fuschia, voire rosâtre : ce n’est pas dû aux colorants contenus dans le nounours, mais au potassium. Pas étonnant quand on a déjà manipulé du permanganate de potassium !

A propos de permanganate de potassium…

J’ai toujours su qu’on pouvait faire plein de choses avec du permanganate de potassium, à commencer par désinfecter les plaies (eh oui, le Dakin en contient…)…

Durant mes études secondaires, je me demandais pourquoi nous n’utilisions pas le fameux dichromate de potassium en TP, alors qu’on le rencontre souvent dans les exercices (il est même l’objet d’un sujet de bac sur l’éthylotest). D’après ce que j’ai pu lire, plus cancérigène, on ne fait pas (si, le mercure peut-être…) ! Toujours est-il que ce n’est jamais très bon les oxydants (lire mon article sur les bienfaits des antioxydants)…

Dichromate de potassium

Vous voulez mourir à petit feu ? Sniffez donc du dichromate de potassium (K2Cr2O7) !

NB : je ne suis aucunement responsable de l’usage que vous pouvez faire de ce produit ! Il ne tient qu’à vous d’offrir une omelette épicée en le faisant passer pour du curcuma auprès de vos beaux-parents agaçants…

Où en étions-nous ? Plus nocif que le dichromate de potassium on ne fait pas (ou presque…) ! Mais fait-on plus inflammable que le permanganate de potassium ?

Cristaux de permanganate de potassium : pas très bon à sniffer non plus…

L’oxydation du glycérol (C3H5(OH)3) par le permanganate de potassium (KMnO4) est très exothermique ; on s’en sert d’ailleurs dans les kits de survie pour enflammer les fusées de détresse !

3 C3H5(OH)3 (l) + 14 KMnO4(s) → 14 MnO2(s) + 14 KOH + 9 CO2(g) + 5 H2O

La demi-équation associée à la réduction des ions permanganate étant :

MnO4– (aq) + 4 H+ + 3 e = MnO2(s) + 2 H2O (l)

En réalité, bien d’autres composés se forment (en quantité infime) par réaction avec l’air, tel le trioxyde de dimanganèse,  Mn2O:

Poudre de trioxyde de dimanganèse.

ou encore le dioxyde de manganèse (MnO2, poudre semblable), mais aussi l’oxyde de potassium (K2O), le peroxyde de potassium (K2O2), et le dioxyde de potassium (KO2). Bien entendu, ces composés sont éphémères : par exemple, le peroxyde de potassium réagit aussitôt formé avec la vapeur d’eau contenue dans l’air pour former de l’hydroxyde de potassium (potasse) et du dioxygène !

2 K2O2 + 2 H2O → 4 KOH + O2

La potasse, à son tour, réagit avec le dioxyde de carbone de l’air (ou celui formé !) pour former le carbonate de potassium (K2CO3) :

2 KOH + CO2 → K2CO3 + H2O

Poudre de carbonate de potassium.

Il s’ensuit une réaction avec le dioxyde de carbone formant du bicarbonate de potassium (au-delà de 100° C la réaction a lieu à l’envers) :

K2CO3 + CO2 + H2O → 2 KHCO3

Ce n’est pas du parmesan mais du bicarbonate de potassium ; ceci dit c’est le seul seul produit à ne pas être dangereux !

Et le dioxyde de potassium de réagir pour former le carbonate de potassium…

4 KO2 + 2 CO2 → 2 K2CO3 + 3 O2

Et qui a dit que toutes les poudres blanches se ressemblaient ? Le bicarbonate de potassium est un additif alimentaire, tandis que je ne m’hasarderais point à goûter au carbonate de potassium, irritant !

Toujours est-il que ette réaction n’est pas vraiment ce qu’on appelle une oxydation ménagée !

Formule développée du glycérol. Admirez ces trois jolies fonctions alcool !

Les hommes qui cherchent un moyen époustouflant de rayonner devant une fille (façon de parler), ou l’inverse d’ailleurs, peuvent démontrer leurs talents de pyromane (à des lieues de toute terre habitée, de préférence !)…

A noter que la réaction glycérol/permanganate de potassium fait durer le suspense : elle est lente au début, puis s’emballe ! Cela s’apparente à une réaction en chaîne ; preuve qu’il ne faut pas mélanger n’importe quoi, au risque d’être surpris…

Glycérine + permanganate de potassium : une aurore polaire miniature (ou une coulée de lave) !

Tiens-donc… La couleur des flammes tend vers le violet !

Voilà pourquoi le chlorate de potassium (pour rappel, le produit infligeant un supplice aux nounours) est utilisée en pyrotechnie : la combustion du potassium génère des flammes violettes ! En chimie, c’est le principe du test de flamme : on chauffe un échantillon d’un sel au bec Bunsen, et la couleur de flamme atteste de la présence de certains ions métalliques. C’est même le principe plus général de la spectroscopie, qui, selon les raies détectées, permet de connaître la composition d’une étoile (par exemple), ou bien selon l’absorption de la lumière blanche la teneur d’une solution en un certain élément (spectrophotométrie) ! Pour en savoir plus, je vous renvoie vers un article sur les raies de Fraunhofer, et vers un autre sur la physique quantique, qui est à l’origine de ces émissions colorées ; du moins elle explique le phénomène !

D’après le cercle chromatique, il y a complémentarité entre l’absorption et l’émission : une solution de permanganate de potassium, violette, absorbe le jaune-vert.

La couleur des feux d’artifice s’explique par la physique quantique

En bref, lorsqu’un atome ou une molécule excité (par la chaleur en l’occurrence) revient à son état fondamental (« froid »), il émet une lumière bien précise, dont l’énergie (et par conséquent la longueur d’onde – il y a proportionnalité) correspond à la différence entre les niveaux d’énergie propres à un atome. C’est ce qu’on appelle la transition électronique : quand on fournit une certaine énergie à un atome, celui-ci l’absorbe ; il est dit excité (dans un état énergétique supérieur à l’ordinaire). Avec le temps, le refroidissement : l’atome se désexcite, ses électrons cessent alors (presque !) d’aller dans tous les sens : l’atome se débarrasse du trop-plein d’énergie en émettant un rayonnement caractéristique : c’est le spectre d’émission.

Un atome peut également absorber de l’énergie, mais seulement certaines énergies (certaines longueurs d’onde). La différence entre « toutes » les énergies et les énergies absorbées constitue le spectre d’absorption, complémentaire au spectre d’émission. Figure sur un spectre d’absorption tout ce qu’un atome n’émet pas, ces longueurs d’ondes-ci étant ôtées à la lumière blanche (polychromatique), donc non captées à la sortie !

En première approximation, un atome (système solaire miniature) se compose d’un noyau autour duquel gravitent des électrons sur des orbites définies, appelées orbitales, et numérotées par un nombre quantique principal (n). Sous l’effet de la chaleur, les électrons chahutent : ils changent d’orbitale, émettant alors un photon (particule de lumière) qui dépend de la nature de l’atome, et du « saut énergétique » : un électron passant du niveau 3 au niveau 1 émet un rayonnement plus énergétique, donc une longueur d’onde plus faible que du niveau 3 au niveau 2. Au fur et à mesure qu’on chauffe, les sauts énergétiques sont de plus en plus impressionnants ; et, d’après ce qu’on vient dire (longueur d’onde allant en décroissant), la lumière émise tend vers le violet (jusqu’à émettre des rayons ultraviolets si la température augmente encore…)

En passant du niveau 2 au niveau 1 (on se croirait dans un jeu !), c’est-à-dire de la couche L à la couche K (les niveaux ont un petit nom), cet électron émet un rayonnement.

A noter qu’un atome émettant de la lumière perd de l’énergie : il compense ainsi (plus ou moins) la hausse d’énergie qu’on lui inflige en le chauffant ! Or tout cela figure des raies, pics d’émission/absorption d’une certaine lumière plutôt qu’un autre.

Pour un même élément chimique, les raies d’émission et d’absorption correspondent aux mêmes longueurs d’ondes, c’est-à-dire aux mêmes lumières…

Chauffé à une certaine température, le potassium émet dans le violet (entre 380 et 435 nanomètres), plus précisément à 404,7 et 404,4 nanomètres : c’est juste assez pour le voir, nos yeux percevant la lumière jusqu’à 400 nanomètres environ.

File:Potassium Spectrum.jpg

Spectre d’absorption du potassium : ne figurent pas les radiations monochromatiques qu’il émet !

Tout ça pour un nounours en bonbon…

Je n’ose imaginer la réaction entre un paquet entier de nounours et le chlorate de potassium : un vrai feu d’artifice !

Cela dit, en comparaison du nounours géant ! Précaution : avant de le plonger dans une solution de chlorate de potassium, réquisitionner une caserne de pompier ou un Canadair…

Il pèse 2 kilos, mesure 22 centimètres et représente l’équivalent de 1 400 ours normaux, pour seulement 12 600 calories !

Ecœurant, dites-vous ? Regardez donc la publicité, made in America, of course !

Et que penser de ce ver en gélatine ?

Pour finir, je ne peux passer sous silence la professeure de sciences physiques que tout le monde rêverait d’avoir… Munis d’une blouse et de lunettes de protection (sécurité oblige !), une expérience est effectuée par des écoliers à l’aide d’une pompe à vide. Le but de cette expérience ? Séparer un Whippet (confiserie, au demeurant compagnonne d’infortune des nounours !) en ses trois composantes : la coquille en chocolat, la guimauve et la base en biscuit. C’est sûr : ils ont 20/20 !

Eh oui : la maltraitance de confiseries est un phénomène qui prend de l’ampleur… Si jamais le grand Hervé This, chercheur à l’INRA et inventeur (avec feu Nicholas Kurti) de la gastronomie moléculaire passait par là, je suis sûr que la chimie des confiseries l’intéresserait (à ma connaissance, il n’a encore rien fait (subir ?) sur/à ces friandises).

Hervé This est ce que certains appelleraient un savant fou : entre deux équations, il martyrise des œufs, des steacks, des épinards…

Hervé This en pleine démonstration scientifique.

Ne vous y méprenez-pas : cet homme de génie est le seul physico-chimiste du monde à porter une blouse… pouvant être assortie d’une toque !

Il me semble d’ailleurs qu’il n’a jamais mis le feu au moindre laboratoire de gastronomie moléculaire, mais il faudrait lui demander pour s’en assurer !

Le chou fut l’un des premiers indicateurs colorés de pH ; mais là, j’ingore ce qu’il mijote, lui qui aime tant faire mijoter les aliments en les bardant de capteurs…

Adieu aux casseroles, bienvenue aux pipettes, erlenmeyers, et montage à reflux !

Mademoiselle Patate prête son corps à la science…

Une noix de beurre ?

Hervé This, cordon bleu parmi les scientifiques, seul homme dont le laboratoire de chimie comprenne une poêle, une casserole, un écumoire, une planche, et une spatule !

A l’instar de la chimie, les plats fument, moussent, font pschitt… Espérons qu’il y ait plus à manger que cet élégant monticule de glace !

Parodie de la gastronomie moléculaire.

De la cuisine à la science vs de la science à la cuisine…

Dans la même veine que ce que nous venons de voir, Hervé This est l’auteur des Secrets de la casserole, de la La science aux fourneaux, du Cours de gastronomie moléculaire, ainsi que d’une dizaine d’autres livres passionnants. Il publie également dans le mensuel Pour la science et donne des cours gratuits à Agro ParisTech (qu’on trouvera également en ligne, moyennant un niveau universitaire en physique/chimie). Voir également les podcasts : http://podcast.agroparistech.fr/users/gastronomiemoleculaire/.

Et détrompez-vous : la gastronomie moléculaire est une science désormais (presque !) reconnue, fondée sur la thermodynamique, la chimie quantique, la biochimie, et ne sais-je quoi d’autre ! Elle gagnerait à être enseignée à l’école pour jouir d’une certaine notoriété, car la discipline est encore assez peu connue du grand public.

Le mot d’ordre d’Hervé This ? « Le mot « gastronomie » ne désigne pas la cuisine pour nantis, comme on le croit souvent, mais la science qui s’intéresse à la cuisine »

NB :

– Aucun nounours en bonbon n’a été martyrisé durant la rédaction.

– Les services secrets qui décortiqueront cet article ont un nouvel ennemi : le nounours en bonbon. Et quel ennemi : sponsorisé par l’amicale des dentistes, ce guérilléro en culotte courte sévit dès la cour d’école maternelle😀

À propos de Alexandre Cohen

Etudiant en médecine et journaliste en herbe. Suivez-moi sur Twitter !

Publié le 23 mai 2012, dans Chimie, Gastronomie, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :