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Pour votre santé… mangez du sperme ! (ou pas)

Boire ou manger, telle est la question ! Des chercheurs ont démontré les nombreux bienfaits du sperme consommé frais sur la santé. Femmes, comme hommes, vous savez ce qu’il vous reste à faire – ou pas…

En cause, la spermidine

Pour votre santé, ne mangez pas trop gras, trop sucré, trop salé. Ajoutez un filet d’huile d’olive, riche en vitamine E et en acides gras essentiels, et quelques gouttes de sperme. Telle pourrait être la nouvelle recommandation diététique…

Depuis de nombreuses années, les chercheurs s’intéressent au sperme murin et humain, pour ses propriétés de fontaine de jouvence, entres autres.

Tobias Eisenberg et Frank Madeo, de l’Université de Graz (en Styrie, Autriche) vont assez loin en vantant les mérites anti-vieillissement de la spermidine, une molécule contenue dans le sperme et les intéressant au plus haut point : “C’est en quelque sorte le Graal sacré contre le processus du vieillissement des cellules”.

Molécule de spermidine. Les atomes d’azote sont en bleu, d’ydrogène en blanc, et de carbone en noir.

La spermidine est un inhibiteur de l’oxyde nitrique synthétase, une enzyme catalysant, comme son nom l’indique, la formation d’oxyde nitrique. Ce processus serait à l’origine de l’amélioration des facultés mémorielles suite à la consommation de spermidine (Université Fédérale de Santa Maria).

Elle fait aussi précipiter l’ADN ; ce mécanisme, et d’autres non encore élucidés, semblent contrer le vieillissement cellulaire en induisant l’autophagie des cellules (variante de l’apoptose conduisant à la l’auto-élimination des cellules affectées).

Cette propriété est des plus intéressantes pour la recherche en cancérologie (luttre contre la prolifération cellulaire) : la norspermidine, un dérivé de la spermidine, fait actuellement l’objet d’intense recherches pour ses propriétés antitumorales.

Les bienfaits autres – et non des moindres – de la spermidine

La spermidine est également une phytohormone (hormone des plantes) : elle régule la croissance végétale. Assez répandue parmi les végétaux, cela laisse entendre des mécanismes d’action complexes, objet d’étude de la biologie cellulaire.

Des tests menés sur des cellules traitées à la spermidine montrent que ces cellules subissent moins de dommage dus au vieillissement que les autres. L’effet protecteur de la spermidine vis-à-vis des maladies de Parkinson et d’Alzeihmer (en pleine recrudescence) semble avéré.

Egalement, l’induction de l’autophagie rendrait les cellules immunitaires plus résistantes, et permettrait de lutter contre les maladies auto-immunes (retournement des anticorps contre le corps, lui-même).

J’ai en mémoire cet humoriste (sans doute Franck Dubosc) chantant les louanges de l’éjaculation faciale, à savoir l’hydratation des peaux flétries… Il semblerait que lui et sa clique aient de nouveaux éléments à se mettre sous la dent, à propos des vertus du sperme !

A prendre avec des pincettes

Comme s’il fallait le préciser, le sperme, comme tous les liquides biologiques, est sujet à la contamination bactérienne. En raison de sa teneur nutritive, il est, à l’air libre, rapidement pris d’assaut par les microbes. Sans oublier les MST, certains polluants qu’il fixe, et les personnes allergiques au sperme (dans de rares cas, le coït provoque un choc anaphylactique).

Le sperme humain (tel quel) n’est donc pas recommandable à la consommation.

Il apparaît clairement, en plus du problème éthique (et religieux), que le sperme n’est pas consommable. En revanche, un futur proche pourrait voir le conditionnement du sperme animal (si ce ne sont des cachets de spermidine !)…

Il est facile de dissocier les deux constituants du sperme : le liquide séminal et les spermatozoïdes (semen), si l’on compte proposer un article moins « vivant ». Le liquide séminal (ou liquide pré-éjaculatoire) est le milieu dans lequel baignent les spermatozoïdes. C’est lui qui est responsable de sa consistance ; il représente 90% du sperme humain, et un un futur proche pourrait bien voir la commercialisation du sperme issu d’animaux, aromatisé bien sûr…

Ça a quel goût le sperme ?

Épicé, âpre, mielleux, ou non ? En se fiant aux témoignages, on doit pouvoir parvenir à une réponse, sujette à caution…

Un beau jour de cette année, Rue69, le blog sexo de Rue89, a élégamment titré : « Rendre son sperme plus savoureux, c’est possible ? » (http://www.rue89.com/rue69/2012/02/24/rendre-son-sperme-plus-savoureux-cest-possible-229572).

Les journalistes ont posté sur Twitter la question fatidique : « Selon vous, le sperme, ça a quel goût ? » Le petit oiseau leur a apporté des réponses…

A part les blagueurs (goût potiron), un monsieur note que ça dépend des goûts, selon qu’on préfère manger sucré ou salé : l’avis de sa femme serait ainsi biaisé.

La journaliste (Renée Greusard) est plus perspicace : « Dans leur livre « La Mécanique sexuelle des hommes », Catherine Solano et Pascal de Sutter, tous deux sexologues, évoquent cette question hautement culinaire.

« Il semble que ce que l’homme mange puisse influencer le goût et l’odeur du sperme. Ce qui paraît cohérent puisque l’alimentation influence l’odeur de la sueur, la saveur de la salive, des baisers ou le goût du lait maternel. » »

En effet, la nourriture influe grandement sur la composition du sperme, de même que les éleveurs s’arrogent les mérites d’une (future) viande nourrie de produits issus de l’agriculture biologique.

Pour une qualité optimale, remarquent beaucoup de gens, mieux vaut un engin de production astiqué, et aux normes d’hygiène. Que ce soit clair : il n’est pas question d’aller consulter son médecin, pour une expertise habituellement d’ordre vétérinaire, à savoir la qualité des produits issus du corps (strictement réglementés). Il (ou elle…) en ferait une drôle de tête !

En glaçons ? (Google Images)

Il n’empêche : les mauvaises-langues arguant que le sperme a un arrière-goût d’urine n’ont pas tout-à-fait tort… miction et éjaculation, sont, chez un homme en bonne santé, distincts ; cependant il peut subsister des traces d’urine à l’intérieur de l’urètre.

En tout cas, le sperme n’est pas salé : c’est chimiquement impossible, puisqu’il ne contient pas de chlorure de sodium (sel) !

Vous reprendrez bien un peu de sperme ?

Toujours sur Rue69, Hélène Franchineau écrit :

« Vous voulez ma recette du smoothie ? Prenez un kiwi, une banane, du lait de soja, de la glace, mixez le tout. Ajouter-y trois cuillères de sperme bien frais et dégustez. Ne prenez pas cet air dégoûté : le sperme est un aliment tendance, qui surfe sur la vague actuelle de la cuisine locale, saine et naturelle. Directement du producteur à votre assiette ! »

Détrompez-vous… La journaliste est diplômée de Sciences-Po : c’est dire si les esprits brillants s’intéressent (à titre professionnel ?) aux saveurs exotiques !

Hûitres au naturel, façon Monsieur…

Au rayon produits du terroir, les recettes ne manquent pas. En 2007, un infirmier de San Fransisco a abandonné son travail pour se consacrer à une activité plus lucrative : l’écriture. Il a inventé son style : la gastronomie… au sperme. Sous le titre Natural harvest (« récole naturelle »), le chef improvisé a présenté le premier livre de cuisine à base de sperme. Les affaires ont marché ; le voici qui s’extasie :

« J’ai déjà vendu 800 exemplaires. Ce livre n’est pas une blague. Je reçois des emails de personnes ayant acheté le livre, elles adorent ! On m’envoie de nouvelles recettes, et même les hommes se mettent à le cuisiner. »

En couverture, un flan fait maison. Pour une fois, c’est Monsieur qui cuisine…

En attendant de savoir qui sont ces inconditionnels du sperme (une tendance seulement US ?), découvrons deux ou trois recettes des plus fantaisistes :

« J’ai testé pas mal de trucs et je trouve que le sperme se marie mal avec le sucré froid car il est lui-même chaud et d’un goût épicé. Dans les plats genre quiche, gratin ou pizza, c’est un ingrédient qui passe assez inaperçu. Le mieux, c’est le thé et les alcools où son goût relève la boisson. »

Ce n’est pas tout d’être curieux – et de goûter à (vraiment) tout : il faut en faire profiter les autres… En la matière, les hommes ont l’air d’avoir le cœur sur la main ; ils pensent à leurs congénères féminines (réduites à manger de la glaire cervicale ?).

Sur les forums, les témoignages, ce n’est pas ça qui manque !

« Mon mari veut qu’après m’avoir pénétré, je lui fasse une fellation et que j’avale son sperme, je lui ai déjà fait mais je ne sais pas si le sperme est bon pour la santé, qu’en pensez vous ? »

Un internaute répond (avec une orthographe parfaite) :

c est « ton mari » fais ce ki lui fait plaisir avant qu une autre recupere la situation je le fais parfois moi aussi ca l excite il gemit…quand il te suce et te mord les seins ca t excite alors mets le en extase aussi. c est le mien mon mari je le suce et lui mord le gland et le sperme aucun risque.

D’après les dires en gras, on a l’impression qu’il ne vaut mieux pas vexer, tout du moins contrarier, un homme ! Étonnamment, les statistiques du nombre de couples divorcés pour cause d’agueusie féminine ne sont pas disponibles…

Sur Yahoo.com, une personne demande : « si une femme boit du sperme, est-ce qu’il lui arrive quelque chose ». Et la voix de la raison de répondre : « Si elle en prend trop, sûrement une indigestion ! »

Toujours sur Yahoo, une femme demande « à êtres éclairée » (sic) : « Est-ce que ça cuit comme du blanc d’œuf ? » Pour sûr : la coagulation du sperme est similaire à celles de tous les liquides biologiques, à ceci près que des grumeaux sont généralement pathologiques.

La séminophagie (ou ingestion de sperme) apporterait, selon Wikipédia, des oméga-3 (si bons pour la santé, à en croire les publicités), ainsi que 7% des AJR en potassium, 3% des AJR en cuivre et zinc, ainsi que 3 mg de (bon) cholestérol, 11 mg d’hydrates de carbone, et 150 mg de protéines. La substance est très riche en sélénium, vanadium, et molybdène. Bref, c’est un aliment comme les autres (paraît-il), semblable à l’albumine contenue dans les œufs…

Pour seulement quinze calories par éjaculation moyenne, les femmes – certaines – sont décomplexées outre-atlantique. D’autant que le sperme rendrait heureux ! Selon une étude de la prestigieuse Université d’Etat de New York, les femmes qui ont été en contact avec le sperme de leur partenaire sont plus heureuses que les autres : le sperme agirait comme un anti-dépresseur.

Et c’est pas tout…

D’autres études corroborent les bienfaits du sperme. C’est le cas de celle menée sous la direction du professeur Ingrid Fleischer de l’université d’Hambourg : « les femmes pratiquant la fellation et qui avalent le sperme de leurs compagnons réussissent à maigrir jusqu’à deux fois plus vite que les autres ». Ces vertus amincissantes du sperme sont dues à la présence de phosphatases alcalines qui ne fonctionnent aussi efficacement comme agent anti-graisse qu’en présence des autres composantes du sperme masculin.
Mais ses vertus ne s’arrête pas là : il permettrait aussi l’équilibre des hormones féminines et protègerait, semble-t-il, efficacement des cancers de type hormonal. Une étude a été réalisée en Californie du Sud sur 15 000 femmes âgées de 25 à 45 ans dont 6 246 pratiquaient la fellation de manière régulière depuis 5 à 10 ans et 9 728 femmes qui ne pratiquaient la fellation que peu ou pas du tout. Dans le groupe pratiquant régulièrement la fellation, seulement 1.9% d’entre elles avaient été touchées par un cancer du sein contre 10.4% dans l’autre groupe. Cette étude démontre que la fellation réalisée 2 fois par semaine diminuerait le risque du cancer du sein de 40%.

Question de « jouir avec les prérogatives qui y sont attachés » !

Dans l’histoire, le caviar accompagné de crème de saumon très spéciale (sperme/oseille/estragon) doit faire autant de bien, étant donné la remarquable similitude des éjaculats animaux…

A la louche

Sur un forum, une gastronome en culotte courte (Xenya99) fait mine de savoir ce qui y est bon :

« Il y a belle lurette qu’on a remplacé le lait par le sperme, c’est plus écolo et moins cher. Tous les matins, monsieur remplit sa bouteille et je peux ainsi en jouir à mon gré en buvant mes cafés tout au long de la journée. L’orgasme est donc permanent pour lui comme pour moi. Elle est pas belle la vie ? »

On a le choix dans le diagnostic : nymphomanie, mythomanie, érotomanie, potomanie, ou… fine-goûteuse ?

Son message est repris sur jeux-vidéo.com (les ados ont de ces idées…) sous le titre « Hum, la bonne cuisine au sperme de mamy » !

Quant aux infections, le risque est plus théorique que réel : comme chacun sait – ou non – le SIDA et autres maladies ne sont généralement pas transmissibles par voie digestive : les enzymes salivaires et digestives (surtout), alliées au pH acide de l’estomac détruisent le virus. Il suffit par contre d’une plaie (type aphte) pour permettre un passage sanguin ! C’est pourquoi les chefs en cuisine 2.0 vous recommanderont unanimement la cuisson. Mis à part que les 99% d’eau s’évaporent ! Dans ce cas-là, mieux vaut encore être sûr de son partenaire…

Innover à tout prix

L’an passé, un restaurant belge a proposé à la consommation du lait humain. La prestation n’a pas vraiment fait florès, mais il s’agit d’une initiative isolée. Alors que l’ONU envisage sérieusement de manger des insectes d’ici peu, pour pallier au problème des ressources alimentaires, le sperme – animal, entendons ! – est un liquide abondant, facile et peu coûteux à extraire, et surtout extrêmement nutritif.

Dans le but originel de nourrir un zygote (cellule-œuf), le sperme (quelque soit sa provenance) est riche en oligo-éléments (), sels minéraux, vitamines, et sucres (sorbitol/fructose).

Les œufs de caille sont en effet le mets privilégié des astronautes : ils ont le meilleur rapport qualité nutritive/taille, mais dans un volume restreint, le sperme apporte autant de nutriments.

Dans Fear Factor, ces femmes boivent du sperme et de l’urine d’âne… pour remporter le gros lot. L’urine est inconsommable, le sperme en revanche…

La question n’est pas de faire des économies à bouts de chandelle, mais dans les pays touchés par la dénutrition, du sperme de chameau ou de baleine (abondant !) pourrait sauver des millions de vie…

Le sperme de saumon est d’ailleurs couramment utilisé en biologie, pour ses propriétés de liaison aux membranes, utiles en northern/southern blot. C’est la preuve qu’on peut en disposer en quantité suffisante, même si la consommation demanderait un élevage amplement accru.

Comme on dit, à l’aube de lendemains qui déchantent (déforestation, surpêche, réchauffement climatique induit par l’élevage bovin), il ne faut jamais dire fontaine de ton eau je ne boirai pas. D’ici à ce que les enfants de 2100, au fast-food plus soucieux de la santé et de l’écologie, trempent un criquet dans du sperme de saumon… Il n’y a qu’un pas.

Cela dit, nos ancêtres raffolaient de termites, et ne s’en portaient pas plus mal (bien au contraire) ! A jouer à action ou vérité avec une femme (pour les grands enfants), reste à savoir si, sur une île déserte, elles seraient plutôt termites ou…

Le meilleur pour la fin

Pour ceux et celles que cette pratique rebuterait, le raisin, le soja et le pamplemousse sont naturellement riches en spermidine (ainsi qu’en resvératrol, la star des antioxydants). Du coup, plus aucune raison de se priver (de sa dose journalière en spermidine) !

Source : revue Nature http://www.nature.com/ncb/journal/v11/n11/abs/ncb1975.html

NB (petit détail à destination des femmes) : traire un homme trop souvent entraîne chez lui des carences en sels-minéraux (le sperme étant un réservoir d’éléments rares), se manifestant par des symptômes tels l’asthénie (fatigue), le stress, le blues, le manque de force, l’hypersensibilité infectieuse… Il faut savoir préserver sa vache à lait !

Comme dit le proverbe, côté forme, un pamplemousse bien en chair vaut tous les pamplemousses (non catholiques) ! D’autant que la vitamine C, il n’y a pas, dans le sperme…

Kiri Kiri Kiri… : une belle histoire

Plus ancré dans la gastronomie française que Kiri, on ne fait pas (enfin, presque !)… De même que son acolyte rouge aux boucles d’oreille, la marque est devenue un nom commun, phénomène sociologique à part entière. Tant et si bien qu’il y a de quoi consacrer quelques minutes à l’histoire du Kiri, partie intégrante du patrimoine culturel français (mine de rien !).

Pas vache, le Kiri !

La marque Kiri fait son apparition en 1966 dans les fromageries Bel. Or, ne l’oublions pas, le mini Babybel n’est commercialisé qu’en 1977, et P’tit Louis en 1989 : à l’époque il n’y a guère que la Vache Qui Rit et sa concurrente la Vache Grosjean sur le marché des fromages à emporter ! C’est sans compter sur la naissance du fromage carré (parallélépipèdique diront les puristes) qui a fait le tour du monde…

La première portion de Kiri voit le jour à Sablé-sur-Sarthe en 1966, au cœur de la Sarthe, après plusieurs années de recherche. Eh oui, créer un fromage et le distribuer à grande échelle est tout sauf une mince affaire : il faut décider de la recette (du goût), assurer la qualité, la distribution, en faire la promotion, et concevoir une forme commerciale optimale ainsi qu’un emballage adéquat. Bien entendu, dans les années 1960, les idées farfelues tel Ficello ne sont guère de mise ! On opte pour un design plus simple, plus sobre : le carré, la forme (fromagère ?) par excellence…

Le Kiri, dans son emballage actuel.

Aujourd’hui, en France, Kiri représente 1,2 % du chiffre d’affaires dans le secteur des fromages, ce qui est conséquent ! Le groupe Bel, star des firmes françaises, et cotée au CAC 40, réalise 2,2 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 2009, principalement avec Kiri, la Vache Qui Rit, Boursin, Leerdamer et Babybel.

Composition

Le Kiri est une spécialité fromagère à pâte fondue, c’est-à-dire qu’on a refondu la pâte d’autres fromages pour l’obtenir… Quels sont ces fromages ? Le fromage blanc ! Tandis que la Vache Qui Rit, elle, est à base d’emmental…

Officiellement, le Kiri se compose donc de 71,4 % de fromage blanc et de 26 % de crème. Sont ajoutés  des protéines de lait, de l’eau, ainsi que des sels de fonte (additifs alimentaires destinés à l’homogénéisation des matières lactées) : diphosphate tétrasodique (E450(iii)), citrate de sodium (E331), phosphates de calcium (E540), et acide citrique. Côté fraîcheur, il s’agit d’un produit on ne peut plus sain : les additifs n’ont aucun effet néfaste connu.

Kiri est riche en vitamine A et calcium.

Valeurs nutritionnelles (d’après Kiri.fr)

Kiri : pour les enfants, et rien qu’eux !

Kiri ne serait rien sans les gastronomes en culotte courte ! Et pour cause : la marque est destinée principalement aux enfants, dont certains ne tarderont pas à en raffoler (plus que les sucreries, c’est une autre affaire !).  Il est écrit en toutes lettres sur le site de Kiri que l’objectif des fromageries Bel, dont la réputation n’est plus à faire à la fin des années 1960, est d’innover et d’anticiper l’avenir en lançant un produit exclusivement destiné aux enfants (et qui ne tardera pas à se transformer en une gamme de produits). Le goût et la texture furent créés sur mesure afin de convenir parfaitement au palais des enfants,; même des plus jeunes.

Le premier emballage

Kiri… et sa boîte : les emballages se sont succédés, mais le premier fait date :

1969 : la révolution publicitaire

Les voici donc, les gastronomes en culotte courtes, dans l’un des premiers slogans publicitaires dédiés au Kiri :

A l’époque, Kiri est le fromage des gastronomes en culottes courtes… ey en jupes plissées !

1975 : Kiri pour les cow-boys…

Que dire de cette célèbre publicité, si ce n’est que tous les petits garçons téméraires (aujourd’hui quadragénaires !) ont envie de manger un Kiri ?

Les autres pubs des années 1970

Autres que celle du cow-boy, voici les publicités historiques diffusées dans les années 1970 :

Les pubs des années 1980

Le message véhiculé par la marque se confirme : Kiri est le fromage préféré des enfants.

1990 : la famille Kiri s’élargit

Les enfants des années 1990 se souviennent sans doute du lancement en (relative !) fanfare de nouveaux Kiri. La décennie 90 est celle de la nouveauté : Kiri, plus que jamais, sait ce qu’aiment les  enfants ! Bienvenue à Kiri  Poche et Kiri Goûter…

La publicité qui suit, datée de 1998, illustre la nouveauté. A l’aube du troisième millénaire, dans un monde en profond bouleversement, Kiri fait peau neuve…

Notons qu’étant donné l’amusement permis par les gressins, de nombreux enfants auront tendance à forcer papa ou maman à en mettre dans le panier… D’autant qu’auprès des enfants modernes, le Kiri se veut « fun », un mot qui n’existait pas en français dix ans auparavant !

Affiche de la fin des années 1990.

1990 : les pubs du tonerre

Côté publicité, quel enfant des 90’s ne se rappelle pas des différentes déclinaisons de la publicité Kiri ? Kiri se mange à la rivière, à la prairie, à la forêt, à la campagne, et à la montagne… et en ville, peut-être ! La marque tient assurément à développer l’image d’un fromage à emporter, pour en faire des sandwichs. Grâce à ce coup de pub tonitruant entre deux dessins animés, les bénéfices escomptés seront au rendez-vous pour Bel.

1999 : la tendresse

2000 : le changement dans la continuité

Dans les années 2000, Kiri ne connaît que des variantes, du moins jusqu’en 2010 :

Kiri Goûter à l’abricot (a existé aussi à la fraise).

Si la recette du Kiri n’a quasiment pas évolué depuis ses débuts, le paradoxe de la consommation est qu’il faut s’adapter pour mieux conserver le produit originel ! Ainsi, le Kiri au chèvre doux n’a plus grand chose à voir avec le Kiri traditionnel, si ce n’est la forme !

A noter toutefois le Kiri en coque, façon P’tit Louis :

Kiri Golo a été lancé en 2010… et sa production arrêtée la même année.

Et voici Kiri, façon pâte à tartiner, tel le Saint-Morêt. Les portions individuelles n’ont pas été balayées pour autant, et ne sont pas prêtes de l’être ! Il faut préciser que Kiri en pot n’est disponible qu’à la vente au détail…

Kiri en pot (150 g) : l’une des vedettes des nouvelles déclinaisons.

Kiri vend même son fromage destiné à la grande distribution (uniquement pour les restaurateurs) : Bloc Kiri®.

Kiri, résolument tourné vers l’avenir

Pour survivre, une recette : vivre avec son temps ; s’adapter aux exigences toujours accrues de consommateurs désireux du meilleur au moindre prix. Tel que décrit dans leur rapport de 2011, les fromageries Bel essaient ainsi de minimiser la teneur en sel et matières grasses de leurs produits, étant donné le fléau actuel qu’est le surpoids, et ce dès les premiers âges (même si ce n’est pas manger un Kiri par jour qui fait grossir !).

D’autre part, la tendance à la diversification est générale, à l’image des dizaines de versions de Kinder. Ce phénomène récent (innover et toujours innover, quitte à abandonner l’ancien produit) a explosé dans les années 1980 avec l’avènement de nouvelles marques et saveurs, par dizaines. De plus, les nouvelles marques s’exportent ; mais Kiri est loin d’abandonner son produit-phare originel : après tout, que serait Kiri… sans Kiri ?

1990-2000 : Kiri conquit le monde

A l’image des célèbres Coca Cola, Toblerone, Oreo ou encore Pringles qui ont conquis le monde, le Kiri, comme la Vache Qui Rit, se vend jusqu’au Japon. Amorcée dans les années 1990, à l’heure de la mondialisation effrénée, la diffusion mondiale du Kiri est aujourd’hui largement entamée, comme en témoigne cette boîte japonaise :

Les Japonais : friands de produits français… du terroir ?

Grâce à Amazon et autres sites commerciaux à l’international, le goût du Kiri (comme tout d’ailleurs) n’a plus de frontières :

Sur la page Amazon, une femme conquise raconte son expérience… en anglais, et assortie de cinq étoiles (sur cinq) :

I tried this cheese while pregnant that all I could eat it tastes amazing so creamy & delicious & now
My two year old baby is in love with it.

Bref, du bout du monde, elle trouve ça délicieux ! On a tendance à l’oublier par habitude, mais le goût du Kiri, comme n’importe quel fromage, n’est pas identique à celui d’un autre ; c’est pourquoi c’est une découverte pour les Japonais, (presque) de même qu’on raffole de sushis…

Kiri a voyagé jusqu’en orient :

Publicité marocaine :

Kiri n’est pas aussi vieux que le monde, mais a vocation à satisfaire les enfants depuis plus de quarante ans. Des générations de chérubins ont vu défiler ses publicités, qui montrent le changement des mœurs en quarante ans. Celle-ci date de 2006 :

Et celle-là, justement, de 2009, soit quatre décennies après la première apparition télévisée des gastronomes en culotte courte :

Qui veut aller loin ménage sa monture

Kiri s’est exporté, et de même que la portion triangulaire souriante ou, dans un autre genre, la Paille d’Or et les Chamonix, la marque a su résister à l’épreuve du temps, perdurer malgré les changements de la société, alors que la tendance actuelle est à l’apologie du changement. Pour clore, Kiri doit donc son succès au fulgurant essor publicitaire des années 1970, mais nul doute que ce lancement en grande pompe n’aurait pas suffi sans sa recette unique, à la fois ni trop forte ni insipide, mais savoureuse, juste ce qu’il faut, et en tout cas adaptée au palais des bambins.

« Kiri Kiri Kiri » : la religion du fromage !

Et de leur création intemporelle, les fromageries Bel sont fières : « Si l’enfance avait un goût, ce serait celui de kiri, un goût unique qui se transmet de génération en génération, pour le plaisir des petits et des grands enfants. », peut-on lire sur leur site. Et bien entendu, à l’ère du numérique, Kiri nous suit jusque sur Facebook : https://www.facebook.com/Kiri.officiel !

Tiré de la page Facebook officielle. Sur leur site, les fromageries Bell proposent des activités ludiques aux enfants…

PS : moi, un inconditionnel de Kiri, pensez-vous ? Eh oui, j’adore (diantre, quel âge ai-je :D)…

Exquises verrines

Pour aborder l’été en toute sérénité, rien de tel que de déguster une verrine sur un balcon ! Les verrines, ces petits verres succulents garnis en étages : coulis, biscuit, glace… Tant qu’elles sont sucrées, il y en a pour tous les goûts ! Et encore, les salées sont désormais à la mode.

Plus qu’un met, la verrine est un art

Gastronomiquement parlant, la verrine est une œuvre d’art. Si les verrines, mini-brochettes et bouchées colorées, et saveurs exotiques sont devenues de fidèles invitées à nos tables et nos fêtes, c’est que l’heure est plus que jamais au raffinement des petites quantités et au plaisir des sens. Gaspachos, smoothies, verrines… : elles font partie d’un art culinaire résolument moderne.

Verrine tiramisu/pommes fondantes/spéculoos.

Inspirés par des grands chefs, cuisiniers en herbe et confirmés n’hésitent plus aujourd’hui à remplacer les traditionnels gâteaux, canapés et cacahuètes par des compositions, amuse-bouches et verrines salées et sucrées. Le succès de la verrine provient sans doute du fait que cette jeune cuisine, en plus du plaisir qu’elle procure à chaque nouvelle cuillerée, répond à des exigences toujours plus grandes en termes d’alimentation saine, fraîcheur, et équilibre. Aussi précieuse que l’hydromel, la verrine !

Parmi les classiques, le crumble, les fruits rouges, la glace, la compote, le coulis de fruits exotiques, le miel, la confiture, la mousse au chocolat, la crème au café, la chantilly, et bien sûr le tiramisu.

La verrine doit beaucoup au tiramisu : son principe est le même, diversifier les saveurs en étage.

Recette verrine  tiramisu/fruits rouges/spéculoos

Pour 4 verrines :

  • 60 g de fruits rouges décongelés et égouttés
  • 4 cuillères à soupe de sucre en poudre
  • 5 cL de crème fleurette
  • 50 g de mascarpone
  • 5 spéculoos

Déposer les fruits rouges avec 2 cuillères à soupe de sucre dans un bol afin que le sucre imprègne les fruits. Pendant ce temps, écraser les spéculoos en miettes. Réserver. Monter ensuite  la crème liquide en chantilly, ajouter le mascarpone et les 2 cuillères à soupe de sucre restantes. Bien mélanger.

Pour finir, dresser les tiramisus en commençant par une couche de spéculoos, une couche de crème puis une couche de fruits rouges et renouveler l’opération jusqu’au dessus des verrines. Placer au frais pendant plusieurs heures (l’idéal étant une demi-journée). On pourra les décorer de meringues, cassis, myrtilles, groseilles, Malteser, ou d’une feuille de menthe…

Verrine tiramisu/framboise.

Verrine aux fruits frais.

Les verrines sont aux fruits et aux crèmes ce que la haute couture est au prêt-à-porter : un luxe parmi les compositions, mais un luxe qu’on peut s’offrir, misant sur l’esthétique, sans oublier le goût pour autant…

Verrines tiramisu/framboises/biscuit rose de Reims

La verrine met tous les sens en éveil, pas seulement les papilles. Et Madame sait se faire désirer : un petit verre contient bien peu, mais point trop n’en faut pour le plaisir !

Verrine crème fraîche/fruits rouges/spéculoos

La verrine, comme toute cuisine, est une création : il s’en invente chaque jour des nouvelles, et des recettes toujours plus farfelues foisonnent sur Internet. Mêlant couleur, saveur et extra-fraîcheur, la verrine, rayonnante, se délecte à la petite cuillère. Elle ravira les hôtes les plus exigeants, d’autant qu’elle est facile à élaborer, et avec des ingrédients frais, les résultat est garanti : un délice.

Verrine au tiramisu.

Nounours en bonbon se transforme en bombe

Avertissement : les nounours en bonbon ne sont pas conçus à des fins terroristes. Je décline toute responsabilité si vous faites exploser votre appartement en mélangeant ces monstres de gélatine à quelque produit que ce soit !

Chimie d’une confiserie

Dans le genre farfelu à l’extrême, les nounours en bonbon dans une éprouvette rivalisent avec le geyser de Coca-Cola ! Que de misères pour ceux qui s’appellent originellement Ours d’Or (Goldbär en allemand)…

Les Ours d’Or ont été inventés en 1922 par le fondateur d’Haribo, Hans Riegel. Ils s’appelaient Ours Dansant (aux fruits), puis Ours Noir (à la réglisse) avant d’acquérir leur identité présente en 1967.

Pour peu que l’on dépose un nounours en gélatine dans une solution de chlorate de potassium, se produisent des effets lumineux et un dégagement gazeux à faire pâlir Doc de Retour vers le futur qui met pourtant en route le convecteur spatio-temporel de sa DeLorean !

A se demander quel est le pire : enflammer d’innocents nounours en gélatine, ou faire exploser d’adorables oursons à la guimauve sous une cloche à vide ? Et pour cause : l’air emprisonné dans l’ourson cherche à sortir ! Dans la même veine, des nounours prêtent leur (petit) corps à la science :  ça mousse…

http://www.dailymotion.com/video/xh6sxt_l-apprenti-chimiste-des-nounours-qui-font-mousse_tech

Moralité : ne pas laisser traîner des oursons trop près d’un scientifique, les blouses blanches appréciant leur faire subir toutes sortes de tests ! Et encore, on pourrait les écarteler pour tester leur résistance à l’étirement, les liquéfier pour tester leur point de fusion, les vaporiser pour tester leur point d’ébullition ! Certains les noient, alors…

La Passion des nounours en bonbon

Ils font leurs prières sur la croix, tout du moins sous l’eau vous pensez ? Ne croyez pas tout ce que vous voyez ! Ce nounours immergé se porte à merveille : de même que certaines pailles ne sont pas cassées dans l’eau en raison de la réfraction de la lumière, ce nounours donne l’illusion de se dissoudre : les bulles s’agrégeant autour de lui (à cause des forces de tension superficielle !) le floutent. En le retirant de l’eau, il est intact ! Son volume a même doublé : il est bien sûr gonflé d’eau.

Etant donné la dilution (une même quantité de matière dans un volume double !), le nounours perd son goût, mais reste comestible…

Confectionné avec de la gélatine, il n’y a rien de surprenant à ce qu’il gonfle : la gélatine absorbe l’eau, c’est pourquoi elle permet de faire des gelées… Elle est d’ailleurs issue du tissu conjonctif du porc (ou d’autres animaux), riche en collagène, protéoglycanes (assemblage d’une protéine et de glycoaminoglycanes), mais surtout en eau. Rassurez-vous, le collagène est hydrolysé (« cassé ») ! Théoriquement, il pourrait même y avoir des résidus d’acide hyaluronique, dont l’industrie cosmétique vante les mérites anti-rides. Je doute cependant que des liftings aux nounours soient possibles… C’est vrai : l’acide hyaluronique fixe l’eau, mais étant donné le traitement chimique des restes de porc au produit fini (le nounours !), je doute qu’il en reste un chouilla… J’en appelle aux experts en nounours en bonbon pour nous renseigner sur le sujet !

L’acide hyaluronique est connu en médecine pour sa rétention d’eau ; la hyaluronidase est une enzyme que contiennent notamment les staphylocoques : elle hydrolyse l’acide hyaluronique (libère l’eau de cette éponge), fluidifiant ainsi le tissu conjonctif pour que le microbe pullule à volonté…

Mais ce nounours gonfle en raison de la pression osmotique : toute substance a tendance à diffuser en solution (selon la loi de Fick). Il se trouve que la gélatine agit comme une membrane semi-perméable : elle ne laisse passer que l’eau, et (presque) pas les bonnes choses à l’intérieur du nounours (c’est-à-dire le sucre !). Il y a donc impossibilité d’égaliser les concentrations en sucre (principalement) entre l’intérieur et l’extérieur du nounours ; c’est pourquoi l’eau entre dans le nounours afin d’abaisser la concentration en sucre. Forcément, la concentration est le rapport d’une quantité de matière à un volume ; il n’y a pas 36 solutions : ou la quantité de sucre diminue à l’intérieur du nounours (ça n’est pas possible !) ou le volume (au dénominateur !) augmente, et cela se répercute sur la concentration : elle baisse… Pas folle la guêpe !

Honte à ceux qui voudraient utiliser nos amis colorés comme polymère superabsorbant : le nounours ne gonfle pas indéfiniment, pour la bonne raison que l’eau a une certaine osmolarité à cause des sels minéraux (ions) qu’elle contient ! Dit autrement, elle exerce également une pression osmotique sur le nounours, le forçant à calmer ses ardeurs… Une fois que Monsieur a doublé de volume, un équilibre s’installe.

Explication scientifique

Passionnants nounours ! Revenons-en à nos moutons : comment diable un nounours en bonbon peut-il dégager autant de lumière et servir de fumigène ? Par la puissance de la chimie !

Anatomie d’un nounours en bonbon : êtres de chair et de sang vs êtres de sucre et de gélatine !

Le chlorate de potassium (KClO3) est un oxydant puissant, c’est-à-dire qu’il est à-même à capter des électrons.

Ceci n’est pas de l’héroïne, mais du chlorate de potassium…

Le chlorate de potassium, à ne pas confondre avec le chlorure, est utilisé pour les explosifs et feux d’artifices, justement ! Le perchlorate de potassium (KClO4), un dérivé, est même utilisé comme combustible (propergol) pour le lancement des fusées et missiles intercontinentaux : autant dire qu’il recèle pas mal d’énergie !

Sous l’effet de la chaleur, le composé qui nous intéresse se décompose ainsi :

2 KClO3(s) → 3 O2(g) + 2 KCl(s)

Cette réaction très exoénergétique produit donc du dioxygène, ainsi que des particules de chlorure de potassium.

Comme son cousin perchlorate, le chlorate de potassium transfère exothermiquement ses atomes d’oxygène aux matières combustibles… tels les sucres (glucose et saccharose) présents dans le nounours !

En présence de dioxygène, les sucres que renferme le nounours sont oxydés. Pour être initiée, la réaction ci-dessous (avec le saccharose) nécessite toutefois une certaine énergie d’activation, fournie par la décomposition du chlorate de potassium.

C12H22O11(s) + 12 O2(g) → 12 CO2(g) + 11 H2O(l)

Cette réaction libère de l’énergie, contenue dans les liaisons chimiques entre atomes. Le saccharose est un diholoside, formé d’une molécule de glucose et d’une molécule de fructose reliées par une liaison osidique, mais les liaisons internes du glucose sont les plus riches en énergie.

La molécule de saccharose, composée d’atomes de carbone (en noir), d’hydrogène (en blanc), et d’oxygène (en rouge) est riche en énergie.

De plus, la gélatine est constituée de longues molécules qui se lient entre elles à la manière d’un filet, en formant des alvéoles : le gaz s’accumule dans ces « poches », ce qui pérennise la réaction.

Optimisation du mélange inflammable

La réaction entre chocolat et acide sulfurique n’est pas moins étrange : voir comment vaincre l’acide sulfurique avec du chocolat. Par conséquent, on peut ajouter une cuillerée d’acide sulfurique au mélange réactionnel, afin que cela détonne avec le sucre du nounours !

De la fumée verdâtre ?

Pour une toxicité maximale, les vapeurs que dégagent notre nounours ne perdraient rien à être agrémentées de bertholite, gaz de combat utilisé durant la Première Guerre Mondiale et qui n’est autre que du dichlore.

Avertissement, donc : si l’on tient à la vie, il vaut mieux ne pas mélanger acide chlorhydrique et permanganate de potassium : les ions chlorure de cet acide ont la fâcheuse tendance d’être oxydés en dichlore, gaz extrêmement toxique. Pour la même raison, le mélange jus de citron ou vinaigre ou décapant + eau de Javel est fortement déconseillé !

Ainsi, en plus du chlorate et du permanganate de potassium, dans le cas où un nounours kamikaze baignerait dans l’acide chlorhydrique, il se transformerait en fumigène lumineux dégageant un gaz mortel…

Retardateur

Pour créer un (giga !) nounours en bonbon à inflammation différée, il suffit de s’inspirer d’un des procédés d’amorçage d’une bombe atomique, en élaborant au moyen de ressorts et d’un réveil un système type Gun, tel qu’utilisé dans l’ogive Little Boy larguée sur Hiroshima :

La technique du pistolet consiste à projeter un bloc de matière fissile contre un autre afin de concentrer la masse critique nécessaire à l’explosion.

Bien entendu, notre frimousse en gélatine ne peut pas faire office d’uranium (à moins d’avoir accès à un cyclotron, et il faudrait dévaliser une usine Haribo pour obtenir suffisamment de combustible nucléaire…)

Cela dit, le nounours fait office de projectile ! Par un ingénieux système à implémenter dans une bombe artisanale, il s’agit de le mettre en contact avec le chlorate de potassium pour déclencher la réaction.

Imaginez la tête des autorités devant un forcené d’un genre nouveau… Ah, confectionner une mitraillette à nounours en bonbon et s’enfermer dans une pièce avec une bouteille de chlorate de potassium !

Trop calorique, dites-vous ?

Quant on voit ce que donne la rupture des liaisons moléculaires d’un nounours de rien du tout, on comprend mieux pourquoi la désintégration atomique génère une énergie phénoménale !

En vertu de la formule E=mc2, si, à l’instar de Doc (toujours et encore !) équipant sa DeLorean d’un générateur nucléaire à fusion froide, un nounours en bonbon de quelques grammes pouvait être transformé intégralement en énergie, il générerait aux alentours d’un demi pétajoule (5*1014 J). Cela correspond à l’énergie produite par une centrale nucléaire en un mois et demi environ ! Comparé à la consommation énergétique mondiale, 3*1020 J par an, un seul nounours en bonbon recèle assez d’énergie pour pourvoir aux besoins de l’humanité durant une demi-minute ! C’est énorme ; et cela vaut bien sûr pour n’importe quoi, y compris la poussière…

En nous, le même nounours fournit 160 kJ (35 calories), c’est-à-dire que le rendement chimique de notre métabolisme est trois milliards de fois inférieur au rendement nucléaire théorique !

Glucose et saccharose sont des glucides… Les glucides, ça contient de l’énergie !

Tenez-vous bien… La réaction se produisant en tube à essai est la même que celle qui nous maintient en vie (à ceci près qu’en nous elle est initiée autrement que par le chlorate de potassium) ! En ce moment, des millions de molécules de glucose sont oxydées dans nos cellules (plus précisément dans les mitochondries). L’oxydation complète du glucose en dioxyde de carbone et eau porte le nom de respiration cellulaire. Passant par la glycolyse et le cycle de Krebs, la dégradation du glucose nous maintient à 37° C, été… comme hiver (lorsqu’il fait -10 dehors !).

Et si nous n’avons guère besoin de chlorate de potassium pour détoner, carburer, ou avoir la pêche, c’est en raison d’enzymes, biocatalyseurs qui abaissent l’énergie d’activation des réactions biochimiques.

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Une enzyme facilite grandement une réaction chimique en abaissant le seuil énergétique d’activation.

Pour aller plus loin

Lors d’un malaise hypoglycémique, rien de tel que de donner un sucre pour récupérer de l’énergie ! D’accord, si : appeler les secours pour qu’ils procèdent à une injection de glucagon, hormone hyperglycémiante, ou administrent du glucose en intraveineuse, mais là n’est pas la question…  En nous, tout sucre ingéré est transformé en glucose afin de produire de l’énergie. Or le saccharose en contient, c’est pourquoi, lors d’un malaise hypoglycémique, il est bon de donner du sucre (au sens commun du terme), plutôt qu’autre chose : le pain, par exemple, contient de l’amidon, polymère (amas) de glucose, mais sa transformation en glucose véritable nécessite la production de salive, en raison d’une enzyme, l’amylase, qu’elle contient. Le saccharose est bien plus rapidement métabolisé en glucose, et il passe, dissout, directement dans le sang par la voie sublinguale. L’amidon, lui, est plus long à dissoudre : il faut en moyenne deux à trois minutes à la salive pour le transformer en glucose, ce qui correspond justement aux réserves sanguines d’oxygène : la victime a le temps de mourir ! Fort heureusement, il existe des mécanismes alternatifs de production d’énergie, appelés cétogenèse et néoglucogenèse, et qui consistent respectivement en l’utilisation des acides gras et des protéines pour fournir de l’énergie. Ce sont surtout des voies biochimiques d’appoint, mais elles laissent le temps aux secouristes d’arriver avec du glucose, car en définitive il est le combustible phare de notre corps. Et par « phare », il permet vraiment de nous illuminer dans l’infrarouge, c’est-à-dire de nous rendre chaud !

Lavoisier le disait : « la vie est une combustion lente ». Et le dioxygène un comburant ! A noter qu’en pratique tout n’est pas si simple : en général, lorsqu’on tombe dans le coma, le corps a déjà puisé dans ses réserves protéiques et graisseuses…

Dans les faits, l’oxydation du glucose passe par sa transformation en pyruvate (glycolyse), puis en acétyl-coenzyme A et est couplée, grâce au cycle de Krebs, à la phosphorylation, au sein de la matrice mitochondriale, de l’ADP (adénosine diphosphate) en ATP (adénosine triphosphate), véritable nourriture de toutes les cellules, de quelque organisme vivant que ce soit !

L’urée composant l’urine provient, elle, de la combustion des protéines…

Ces réactions-là, abominablement complexes, vont de paire avec la voie des pentoses phosphates, la béta-oxydation, la voie d’Entner-Dooudoroff chez les bactéries, et sont détoxifiées en outre par le système glyoxalase. Elles ne font pas que libérer de l’énergie à « l’état brut »: elles permettent de la stocker provisoirement (dans les liaisons phosphate de l’ATP) ! D’aucuns ne diront qu’il s’agit d’éviter la combustion spontanée ; mais ce phénomène n’a jamais été prouvé scientifiquement… Il s’agit surtout d’utiliser l’énergie avec parcimonie, selon les besoins, d’autant que le rendement du métabolisme est faible : la plus grande partie de l’énergie libérée par la combustion du glucose (80 %) est convertie en chaleur ; or en été aux tropiques, l’essentiel n’est pas de se chauffer à 37 quand il fait 40 dehors, mais de rendre l’énergie disponible pour la machinerie cellulaire (maintien du potentiel électrochimique de membrane, réplication cellulaire, synthèse de protéines, battements cardiaques…). Bref : construire un hamac, chercher son prochain partenaire sexuel sur la plage demandent de l’énergie, sous forme autre qu’une effusion de chaleur…

Douceurs du farniente…

L’enjeu de stocker chimiquement l’énergie et non de la dissiper aussitôt sous forme calorique ou lumineuse est crucial ! Vital même…

Qu’il s’agisse de cligner des yeux, siroter un cocktail, abaisser ses lunettes de soleil, courir jusque dans l’eau, adresser la parole, ou maintenir une érection, cela demande de l’énergie mécanique (une certaine activité est encore plus gourmande en énergie…) ; quant à penser à la soirée qui s’annonce à la discothèque ou sous les palmiers, cela demande de l’énergie électrique entre neurones. D’autant que les organes (cerveau, poumons, reins, foie, cœur, rate, estomac, intestins) fonctionnent en permanence ! Dieu soit loué, notre corps gère l’énergie et est pourvu d’un système sophistiqué de thermorégulation (hypothalamus) afin de ne pas finir en chair à pâté comme le malheureux nounours dès que les conditions s’y prêtent…

La combustion du nounours et notre métabolisme fonctionnent sur le même principe, seulement l’expérience du nounours est comparable à une bombe atomique, tandis que nous serions une centrale nucléaire : tout est sous contrôle (sauf accident = fièvre !), les enzymes, récepteurs et hormones jouant le rôle de l’eau lourde (modérateur de neutrons), des capteurs et des ordinateurs.

Pour la petite histoire, lors de la photosynthèse les végétaux font exactement l’inverse (cycle de Calvin) : ils produisent du glucose à partir du dioxyde de carbone et de l’eau. Cela se passe au sein des thylakoïdes, mais aussi du stroma : nous sommes bel et bien dans les chloroplastes, et non les mitochondries !

Emission lumineuse

En étant attentif, on remarque que la lumière émise dans l’expérience a une couleur violette/fuschia, voire rosâtre : ce n’est pas dû aux colorants contenus dans le nounours, mais au potassium. Pas étonnant quand on a déjà manipulé du permanganate de potassium !

A propos de permanganate de potassium…

J’ai toujours su qu’on pouvait faire plein de choses avec du permanganate de potassium, à commencer par désinfecter les plaies (eh oui, le Dakin en contient…)…

Durant mes études secondaires, je me demandais pourquoi nous n’utilisions pas le fameux dichromate de potassium en TP, alors qu’on le rencontre souvent dans les exercices (il est même l’objet d’un sujet de bac sur l’éthylotest). D’après ce que j’ai pu lire, plus cancérigène, on ne fait pas (si, le mercure peut-être…) ! Toujours est-il que ce n’est jamais très bon les oxydants (lire mon article sur les bienfaits des antioxydants)…

Dichromate de potassium

Vous voulez mourir à petit feu ? Sniffez donc du dichromate de potassium (K2Cr2O7) !

NB : je ne suis aucunement responsable de l’usage que vous pouvez faire de ce produit ! Il ne tient qu’à vous d’offrir une omelette épicée en le faisant passer pour du curcuma auprès de vos beaux-parents agaçants…

Où en étions-nous ? Plus nocif que le dichromate de potassium on ne fait pas (ou presque…) ! Mais fait-on plus inflammable que le permanganate de potassium ?

Cristaux de permanganate de potassium : pas très bon à sniffer non plus…

L’oxydation du glycérol (C3H5(OH)3) par le permanganate de potassium (KMnO4) est très exothermique ; on s’en sert d’ailleurs dans les kits de survie pour enflammer les fusées de détresse !

3 C3H5(OH)3 (l) + 14 KMnO4(s) → 14 MnO2(s) + 14 KOH + 9 CO2(g) + 5 H2O

La demi-équation associée à la réduction des ions permanganate étant :

MnO4– (aq) + 4 H+ + 3 e = MnO2(s) + 2 H2O (l)

En réalité, bien d’autres composés se forment (en quantité infime) par réaction avec l’air, tel le trioxyde de dimanganèse,  Mn2O:

Poudre de trioxyde de dimanganèse.

ou encore le dioxyde de manganèse (MnO2, poudre semblable), mais aussi l’oxyde de potassium (K2O), le peroxyde de potassium (K2O2), et le dioxyde de potassium (KO2). Bien entendu, ces composés sont éphémères : par exemple, le peroxyde de potassium réagit aussitôt formé avec la vapeur d’eau contenue dans l’air pour former de l’hydroxyde de potassium (potasse) et du dioxygène !

2 K2O2 + 2 H2O → 4 KOH + O2

La potasse, à son tour, réagit avec le dioxyde de carbone de l’air (ou celui formé !) pour former le carbonate de potassium (K2CO3) :

2 KOH + CO2 → K2CO3 + H2O

Poudre de carbonate de potassium.

Il s’ensuit une réaction avec le dioxyde de carbone formant du bicarbonate de potassium (au-delà de 100° C la réaction a lieu à l’envers) :

K2CO3 + CO2 + H2O → 2 KHCO3

Ce n’est pas du parmesan mais du bicarbonate de potassium ; ceci dit c’est le seul seul produit à ne pas être dangereux !

Et le dioxyde de potassium de réagir pour former le carbonate de potassium…

4 KO2 + 2 CO2 → 2 K2CO3 + 3 O2

Et qui a dit que toutes les poudres blanches se ressemblaient ? Le bicarbonate de potassium est un additif alimentaire, tandis que je ne m’hasarderais point à goûter au carbonate de potassium, irritant !

Toujours est-il que ette réaction n’est pas vraiment ce qu’on appelle une oxydation ménagée !

Formule développée du glycérol. Admirez ces trois jolies fonctions alcool !

Les hommes qui cherchent un moyen époustouflant de rayonner devant une fille (façon de parler), ou l’inverse d’ailleurs, peuvent démontrer leurs talents de pyromane (à des lieues de toute terre habitée, de préférence !)…

A noter que la réaction glycérol/permanganate de potassium fait durer le suspense : elle est lente au début, puis s’emballe ! Cela s’apparente à une réaction en chaîne ; preuve qu’il ne faut pas mélanger n’importe quoi, au risque d’être surpris…

Glycérine + permanganate de potassium : une aurore polaire miniature (ou une coulée de lave) !

Tiens-donc… La couleur des flammes tend vers le violet !

Voilà pourquoi le chlorate de potassium (pour rappel, le produit infligeant un supplice aux nounours) est utilisée en pyrotechnie : la combustion du potassium génère des flammes violettes ! En chimie, c’est le principe du test de flamme : on chauffe un échantillon d’un sel au bec Bunsen, et la couleur de flamme atteste de la présence de certains ions métalliques. C’est même le principe plus général de la spectroscopie, qui, selon les raies détectées, permet de connaître la composition d’une étoile (par exemple), ou bien selon l’absorption de la lumière blanche la teneur d’une solution en un certain élément (spectrophotométrie) ! Pour en savoir plus, je vous renvoie vers un article sur les raies de Fraunhofer, et vers un autre sur la physique quantique, qui est à l’origine de ces émissions colorées ; du moins elle explique le phénomène !

D’après le cercle chromatique, il y a complémentarité entre l’absorption et l’émission : une solution de permanganate de potassium, violette, absorbe le jaune-vert.

La couleur des feux d’artifice s’explique par la physique quantique

En bref, lorsqu’un atome ou une molécule excité (par la chaleur en l’occurrence) revient à son état fondamental (« froid »), il émet une lumière bien précise, dont l’énergie (et par conséquent la longueur d’onde – il y a proportionnalité) correspond à la différence entre les niveaux d’énergie propres à un atome. C’est ce qu’on appelle la transition électronique : quand on fournit une certaine énergie à un atome, celui-ci l’absorbe ; il est dit excité (dans un état énergétique supérieur à l’ordinaire). Avec le temps, le refroidissement : l’atome se désexcite, ses électrons cessent alors (presque !) d’aller dans tous les sens : l’atome se débarrasse du trop-plein d’énergie en émettant un rayonnement caractéristique : c’est le spectre d’émission.

Un atome peut également absorber de l’énergie, mais seulement certaines énergies (certaines longueurs d’onde). La différence entre « toutes » les énergies et les énergies absorbées constitue le spectre d’absorption, complémentaire au spectre d’émission. Figure sur un spectre d’absorption tout ce qu’un atome n’émet pas, ces longueurs d’ondes-ci étant ôtées à la lumière blanche (polychromatique), donc non captées à la sortie !

En première approximation, un atome (système solaire miniature) se compose d’un noyau autour duquel gravitent des électrons sur des orbites définies, appelées orbitales, et numérotées par un nombre quantique principal (n). Sous l’effet de la chaleur, les électrons chahutent : ils changent d’orbitale, émettant alors un photon (particule de lumière) qui dépend de la nature de l’atome, et du « saut énergétique » : un électron passant du niveau 3 au niveau 1 émet un rayonnement plus énergétique, donc une longueur d’onde plus faible que du niveau 3 au niveau 2. Au fur et à mesure qu’on chauffe, les sauts énergétiques sont de plus en plus impressionnants ; et, d’après ce qu’on vient dire (longueur d’onde allant en décroissant), la lumière émise tend vers le violet (jusqu’à émettre des rayons ultraviolets si la température augmente encore…)

En passant du niveau 2 au niveau 1 (on se croirait dans un jeu !), c’est-à-dire de la couche L à la couche K (les niveaux ont un petit nom), cet électron émet un rayonnement.

A noter qu’un atome émettant de la lumière perd de l’énergie : il compense ainsi (plus ou moins) la hausse d’énergie qu’on lui inflige en le chauffant ! Or tout cela figure des raies, pics d’émission/absorption d’une certaine lumière plutôt qu’un autre.

Pour un même élément chimique, les raies d’émission et d’absorption correspondent aux mêmes longueurs d’ondes, c’est-à-dire aux mêmes lumières…

Chauffé à une certaine température, le potassium émet dans le violet (entre 380 et 435 nanomètres), plus précisément à 404,7 et 404,4 nanomètres : c’est juste assez pour le voir, nos yeux percevant la lumière jusqu’à 400 nanomètres environ.

File:Potassium Spectrum.jpg

Spectre d’absorption du potassium : ne figurent pas les radiations monochromatiques qu’il émet !

Tout ça pour un nounours en bonbon…

Je n’ose imaginer la réaction entre un paquet entier de nounours et le chlorate de potassium : un vrai feu d’artifice !

Cela dit, en comparaison du nounours géant ! Précaution : avant de le plonger dans une solution de chlorate de potassium, réquisitionner une caserne de pompier ou un Canadair…

Il pèse 2 kilos, mesure 22 centimètres et représente l’équivalent de 1 400 ours normaux, pour seulement 12 600 calories !

Ecœurant, dites-vous ? Regardez donc la publicité, made in America, of course !

Et que penser de ce ver en gélatine ?

Pour finir, je ne peux passer sous silence la professeure de sciences physiques que tout le monde rêverait d’avoir… Munis d’une blouse et de lunettes de protection (sécurité oblige !), une expérience est effectuée par des écoliers à l’aide d’une pompe à vide. Le but de cette expérience ? Séparer un Whippet (confiserie, au demeurant compagnonne d’infortune des nounours !) en ses trois composantes : la coquille en chocolat, la guimauve et la base en biscuit. C’est sûr : ils ont 20/20 !

Eh oui : la maltraitance de confiseries est un phénomène qui prend de l’ampleur… Si jamais le grand Hervé This, chercheur à l’INRA et inventeur (avec feu Nicholas Kurti) de la gastronomie moléculaire passait par là, je suis sûr que la chimie des confiseries l’intéresserait (à ma connaissance, il n’a encore rien fait (subir ?) sur/à ces friandises).

Hervé This est ce que certains appelleraient un savant fou : entre deux équations, il martyrise des œufs, des steacks, des épinards…

Hervé This en pleine démonstration scientifique.

Ne vous y méprenez-pas : cet homme de génie est le seul physico-chimiste du monde à porter une blouse… pouvant être assortie d’une toque !

Il me semble d’ailleurs qu’il n’a jamais mis le feu au moindre laboratoire de gastronomie moléculaire, mais il faudrait lui demander pour s’en assurer !

Le chou fut l’un des premiers indicateurs colorés de pH ; mais là, j’ingore ce qu’il mijote, lui qui aime tant faire mijoter les aliments en les bardant de capteurs…

Adieu aux casseroles, bienvenue aux pipettes, erlenmeyers, et montage à reflux !

Mademoiselle Patate prête son corps à la science…

Une noix de beurre ?

Hervé This, cordon bleu parmi les scientifiques, seul homme dont le laboratoire de chimie comprenne une poêle, une casserole, un écumoire, une planche, et une spatule !

A l’instar de la chimie, les plats fument, moussent, font pschitt… Espérons qu’il y ait plus à manger que cet élégant monticule de glace !

Parodie de la gastronomie moléculaire.

De la cuisine à la science vs de la science à la cuisine…

Dans la même veine que ce que nous venons de voir, Hervé This est l’auteur des Secrets de la casserole, de la La science aux fourneaux, du Cours de gastronomie moléculaire, ainsi que d’une dizaine d’autres livres passionnants. Il publie également dans le mensuel Pour la science et donne des cours gratuits à Agro ParisTech (qu’on trouvera également en ligne, moyennant un niveau universitaire en physique/chimie). Voir également les podcasts : http://podcast.agroparistech.fr/users/gastronomiemoleculaire/.

Et détrompez-vous : la gastronomie moléculaire est une science désormais (presque !) reconnue, fondée sur la thermodynamique, la chimie quantique, la biochimie, et ne sais-je quoi d’autre ! Elle gagnerait à être enseignée à l’école pour jouir d’une certaine notoriété, car la discipline est encore assez peu connue du grand public.

Le mot d’ordre d’Hervé This ? « Le mot « gastronomie » ne désigne pas la cuisine pour nantis, comme on le croit souvent, mais la science qui s’intéresse à la cuisine »

NB :

– Aucun nounours en bonbon n’a été martyrisé durant la rédaction.

– Les services secrets qui décortiqueront cet article ont un nouvel ennemi : le nounours en bonbon. Et quel ennemi : sponsorisé par l’amicale des dentistes, ce guérilléro en culotte courte sévit dès la cour d’école maternelle 😀

Pourquoi le blanc d’œuf mousse-t-il ?

Le blanc d’œuf, fameux en cuisine (la délicieuse île flottante…), est une partie de l’œuf composée principalement d’ovalbumine, de conalbumine, d’ovomucoïde, de lysozyme, de flavoprotéine et d’avidine qui protège le zygote (le jaune, ou poussin en devenir !)

Mais pourquoi un blanc d’œuf mousse-t-il, alors que l’eau ne retient pas beaucoup l’air ?
Parce que le blanc d’œuf est un agent tensioactif, c’est-à-dire qu’il modifie les forces de tension superficielle à l’interface eau-air (voir l’article danger dans le micro-ondes). Plus précisément, les protéines qu’il contient sont tensioactives.

Le blanc d’œuf mousse car il contient des agents tensioactifs.

Les tensioactifs doivent leurs propriétés moussantes à leur structure amphiphile, c’est-à-dire que ces molécules aiment à la fois l’eau (hydrophile) et les graisses (lipophile). Elles rendent le blanc d’œuf visqueux et stabilisent les bulles d’air introduites.

Les agents tensioactifs sont courant parmi les composés organiques, à cause de certaines fonctions qu’ils contiennent (ester, éther, amide, etc.) ; le surfactant pulmonaire en est un exemple.

Des agents tensioactifs appelés émulsifiants sont largement utilisés en pâtisserie car ils facilitent la formation d’une émulsion (petites gouttelettes) entre deux liquides non miscibles (telle l’eau et les produits gras).

L’eau colle au doigt en raison de la tension superficielle. La forme étalée de la goutte, elle, est due à la loi de Young-Dupré.

Bateau à propulsion savonneuse

Pour la science n°244 (février 1998) rapporte une expérience étonnante : la propulsion d’un bateau (léger) au savon !

Une faible profondeur d’eau suffit. Pour peu que vous disposiez d’allumettes encochées ou que vous créiez un minuscule bateau en papier ou polystyrène, l’expérience est réalisable…

Introduire un agent tensioactif – du liquide-vaisselle, du camphre, ou du savon – à l’arrière du bateau, percer l’arrière (la proue !) d’une petite encoche, et déposer délicatement le navire sur l’eau. Il avance !

Les bords latéraux du bateau doivent être parallèles entre eux, afin que les forces agissant dessus se compensent.

Le bateau avance tant que l’eau reste pure, mais surtout tant qu’il reste du savon en réserve à la proue, et par conséquent tant que l’eau située devant la proue a une tension superficielle supérieure à l’eau en poupe.

Notre bateau, plus qu’avoir le vent en poupe, a la tension superficielle sous sa coque ! Attelons-nous au calcul de la vitesse de croisière du bâtiment !

En fait, la force de tension superficielle sur un bord du bateau est égale à la tension
superficielle du liquide sur ce bord multipliée par la largeur du bord.

A l’avant du bateau, la force propulsive vaut F= Teau*L, où Teau est le coefficient de tension superficielle de l’eau, et L la largeur du bateau.

La force à laquelle est soumise l’arrière du bateau se décompose en deux :
F= T(D-d) où d est la largeur du compartiment contenant le savon : force à laquelle est soumise la partie ne contenant pas le « moteur ».
F= Teau savonneuse*d où la tension superficielle de l’eau savonneuse intervient : force à laquelle est soumise la partie contenant le « moteur ».

Passons l’analyse vectorielle du mouvement : la résultante de ces forces est dirigée vers l’avant du bateau. Par conséquent… il avance ! On peut cependant le montrer simplement :

La résultante des forces à laquelle est soumise le bateau vaut, algébriquement, F– FF2. C’est fort logique : Fest dirigée vers l’avant, les deux autres forces vers l’arrière.

Ainsi, F = Teau*L – T*(D-d) – Teau savonneuse*d. Développement, puis factorisation…

F = d(Teau – Teau savonneuse) = d*∆T, avec ∆T la différence de tension superficielle entre l’eau et l’eau savonneuse. Mais surtout, d’après ce qui figure entre parenthèses, la tension superficielle de l’eau étant supérieure à celle de l’eau savonneuse, F>0 : le bateau subit une poussée !

Cependant, le bateau ne poursuit pas sa course indéfiniment : il est freiné par une force de frottement fluide. Celle-ci se calcule en faisant appel au nombre de Reynolds, car la force de freinage dépend du type d’écoulement (laminaire ou turbulent).

Dans les conditions de l’expérience, le nombre de Reynolds, prenant en compte la masse volumique de l’eau, sa viscosité dynamique, la vitesse de l’eau, ainsi que la longueur du bateau avoisine 5000.

Bien entendu, la vitesse de l’eau est égale à celle du bateau, entraîné.

Or 5000>2300 : l’écoulement est turbulent. Cependant, dans le cadre de la théorie de Ludwig Prandtl, la couche limite reste laminaire si l’on assimile le bateau à une mince plaque suffisamment longue. La résistance à la propulsion par unité de largeur est donnée par la corrélation de Blasius, du même scientifique que l’équation de Blasius, Paul Richard Heinrich Blasius (1883-1970) :

Ffrottement = (2/3)*(η*ρ*L*v3)1/2.

où η est la viscosité dynamique de l’eau, ρ la masse volumique de l’eau, v la vitesse du bateau, et L la longueur du bateau.

A vitesse maximale, il suffit de considérer que le bateau est autant freiné qu’il est propulsé ; les deux forces – propulsion et frottement – sont (plus ou moins) égales :

 d*∆T = (2/3)*(η*ρ*L*v3)1/2

Moyennant une racine cubique, la vitesse, v, est aisément isolable…

En remplaçant par les valeurs numériques, avec du savon un bateau peut aller jusqu’à… 10 cm/s (30 théoriquement) !

En détail, la tension superficielle de l’eau est supérieure à celle de l’eau savonneuse (en arrière) : le bateau est entraîné vers l’avant, dans le sens du gradient de tension superficielle, donc.

La mécanique des fluides est une discipline très complexe (cela dit, pas moins que d’autres branches de la physique !) qui permet aux avions de voler, alors pourquoi pas aux bateaux en papier de flotter avec pour seul moteur du savon !

Ce phénomène porte le nom d’effet Marangoni, transport de matière le long d’une interface en raison d’un gradient de tension superficielle.

Les larmes de vin, gouttelettes apparaissant après tournoiement d’un verre, sont dues à l’effet Marangoni.

Loi de Tate

La tension superficielle explique également le compte-goutte, c’est-à-dire ces gouttes agaçantes qui adhèrent au robinet ! Leur masse est l’objet de la loi de Tate :

 \qquad m = \frac{\gamma.k.R}{g}

  • m est la masse de la goutte ;
  • \gamma est la tension superficielle du liquide ;
  • R est le rayon de l’orifice du compte-goutte ;
  • g est l’intensité de la pesanteur ;
  • k est le coefficient de forme du compte-goutte.

Effet Coandă

Nommé d’après le physicien Henri Coandă (l’un des inventeurs du moteur à réaction), l’effet Coandă est une manifestation courante des forces de tension superficielle : d’après les travaux du rhéologue Markus Reiner, on l’appelle aussi effet théière, et la « version » liquide ne doit pas être confondue avec un phénomène aérodynamique semblable à l’effet Magnus.

Comme chacun sait, verser du thé, ou transvaser n’importe quel liquide demande d’y aller « sec » ! Et pour cause : si le liquide ne coule pas assez vite, il est attiré vers la surface convexe par des forces de tension superficielle.

Si le geste n’est pas franc, l’eau adhère à la paroi !

A noter enfin que si le blanc remonte le long du fouet d’un batteur électrique, c’est en raison de l’effet Weisenberg : http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_Weissenberg.

Chimie à la rescousse : chocolat contre acide sulfurique !

Le célèbre McGyver est connu pour avoir plus d’un tour dans son sac :

Dans cet épisode, il parvient à colmater une fuite d’acide sulfurique mettant sa vie et celle d’une demoiselle en danger… grâce à du chocolat ! Décryptage…

Chocolat contre acide

L’acide sulfurique est un acide fort, donc fort redoutable pour l’organisme : il est régulièrement la cause de brûlures graves. De puissance seulement égalée par les superacides, il est bien peu prudent de s’approcher de celui qu’on appelle aussi vitriol sans protection. Et pourtant, McGyver vient à bout de l’acide sulfurique avec du chocolat !

S’il se dépatouille de cette situation, c’est grâce au pouvoir de la chimie. Comme il le rappelle, le chocolat contient divers sucres, tels le glucose, le lactose, ou le saccharose (et renferme également des polyols, ou sucres-alcools, tel le sorbitol). Or, la formule brute d’un sucre s’apparente à Cn(H2O): un sucre peut se voir comme un assemblage d’atomes de carbone et de molécules d’eau (d’où leur appellation anglo-saxonne : carbohydrates).

Au contact de l’acide, les sucres du chocolat (comme les diholosides) se déshydratent. S’agissant du lactose (possédant des dizaines d’isomères, même si tous ne sont pas présents dans le chocolat), voici la réaction :

C12H22O11(s) + H2SO4(l) →  12 C(s) + 12 H2O(l) + SO2(g)

D’après Wikipédia, en raison du caractère thermodynamiquement favorable de l’hydratation de l’acide sulfurique, celui-ci est utilisé industriellement comme agent de dessiccation, notamment dans l’agro-alimentaire pour élaborer des fruits secs. Cet effet est si marqué que l’acide sulfurique peut brûler les matières organiques en ne laissant que le carbone, par exemple avec l’amidon  :

(C6H10O5)n → 6n C + 5n H2O

L’eau libérée par cette réaction est absorbée par l’acide sulfurique, et il ne reste qu’un résidu carboné. La cellulose du papier, lorsqu’elle est attaquée par de l’acide sulfurique, prend un aspect carbonisé sous l’effet d’une réaction similaire.

Cette réaction est hautement exothermique : ne serait-ce que la solvatation de l’acide sulfurique libère de la chaleur, à hauteur de 95,28 kJ/mol. En plus de produire une mousse noire, composée de carbone, les bulles sont dues à la réaction chimique : l’eau produite se vaporise sous l’effet de la chaleur.

La réaction est des plus spectaculaires. Voyez donc la vidéo ci-dessous !

Mais aussi, cette vidéo-là (sucre+acide sulfurique) en met plein les yeux :

On peut penser que l’échappement de carbone colmate la fuite, donc McGyver ne raconte pas des bobards (ça n’est pas dans ses habitudes !).

Pour en savoir plus

Il se passe en fait plein de choses dans cette expérience… Je me suis bien gardé d’équilibrer la réaction ci-dessus, pour la bonne raison qu’elle ne correspond pas vraiment à la réalité. En effet, en toute rigueur l’acide sulfurique ne doit pas apparaître dans l’équation-bilan, étant donné qu’il catalyse la réaction de décomposition des sucres. Il est bon de la décomposer en actes élémentaires…

L’eau formée, en plus de celle présente dans le chocolat (comme tout produit issu du vivant le chocolat est composé d’eau) a tendance à agir comme une base dans la réaction avec l’acide sulfurique :

H2SO4 + H2O → H3O+ + HSO4

Se produit alors une autre réaction :

HSO4 + H2O → H3O+ + SO42−

Au bilan :

H2SO+ 2  H2O → 2 H3O+ SO42

Une réaction d’oxydoréduction a également lieu. En effet, le carbone passe d’un degré d’oxydation supérieur à 0 dans le saccharose, au degré d’oxydation 0 dans le carbone pulvérulent.

Une demi-équation est :

SO42− + 4 H+ + 2 e → SO+ 2 H2O

Il y a donc formation de dioxyde de soufre (par réduction d’un peu d’acide sulfurique par le carbone formé). Le dioxyde de soufre est un gaz toxique, nécessitant de réaliser la réaction sous une hotte d’aspiration. Il s’agit d’une molécule coudée et hypervalente dont l’atome de soufre, à un degré d’oxydation de + IV, possède un doublet électronique non liant, donnant lieu à une délocalisation électronique (mésomérie), ce qui lui confère une certaine stabilité :

Formes de résonance du dioxyde de soufre.

Mais si jamais du platine ou du vanadium sont présents dans le milieu pour assurer la catalyse (sait-on jamais !), le dioxyde soufre réagit à son tour avec le dioxygène de l’air :

2 SO2 (g) + O2 (g) \begin{smallmatrix}\rightleftharpoons\end{smallmatrix} 2 SO3 (g)

A cette réaction de combustion correspond une variation d’enthalpie de – 197 kJ/mol : elle est hautement exothermique.

Dans ce cas, le trioxyde de souffre formé réagit avec l’eau pour donner l’acide sulfurique. Bref, on tourne en rond !
SO3 + H2O → H2SO4

Formes de résonance de l’éphémère trioxyde de soufre.

Caramélisation

La réaction mise à profit par McGyver est proche de la caramélisation, ou formation du caramel : d’aucuns ne savent que le caramel est issu du chauffage du sucre ! L’hydrolyse du saccharose (sucre de table) est provoquée par la chaleur, et souvent catalysée par l’acide citrique. Elle conduit à des sucres complexes (polydextroses et oligosaccharides), et produit de l’eau. L’eau peut s’évaporer ; dans ce cas les sucres, déshydratés deviennent du carbone pur. La caramélisation à outrance n’est autre que la carbonisation des sucres.

Avec de l’acide sulfurique concentré, ou sous haute température avec de l’acide sulfurique dilué, le saccharose subit une déshydratation intense : le résidu est du carbone.

Un sucre est un composé organique : il est riche en carbone, hydrogène, oxygène… Avec la température, il carbonise donc !

On notera que si les acides catalysent l’hydrolyse des liaisons osidiques (présentes au sein des sucres), c’est parce qu’ils favorisent le cassage des liaisons : les protons qu’ils dégagent ont en effet tendance à arracher des électrons, donc à briser les liaisons covalentes.

D’autre part, la caramélisation ne se produit pas au moindre réchauffement d’une brioche au sucre, car la température de caramélisation du saccharose est de 160° C !

Les caramels (ici en brownie au beurre salé) sont le produit brunâtre de dégradation du saccharose.

La caramélisation n’est d’ailleurs qu’une réaction de polymérisation (assemblage) des sucres que j’évoque dans un article : lien. D’après ce que j’y raconte, plus un polymère est réticulé (enchaîné), plus il est solide. C’est la même chose pour le caramel : plus un caramel est réticulé, plus il est visqueux, voire solide : on peut les manger comme n’importe quelle friandise, et non plus seulement boire !

La caramélisation appartient au groupe des réactions non enzymatiques de brunissement des aliments, telle les réactions de Maillard, responsables notamment de la belle couleur dorée des baguettes de pain.

Bien entendu, les enzymes (biocatalyseurs) peuvent accélérer la transformation des sucres. Le sucre inverti est un mélange équimolaire de glucose et de fructose obtenu par hydrolyse du saccharose. L’hydrolyse, si elle n’est pas catalysée par un acide, l’est par l’enzyme invertase : C12H22O11 (saccharose) + H2O (eau) → C6H12O6 (glucose) + C6H12O6 (fructose).

En présence d’une solution acide, l’hydrolyse du saccharose conduit donc au sucre inverti (mélange de D-glucose et de D-fructose).

Dans les boissons, l’hydrolyse acide (acide citriqueacide phosphorique) se produit partiellement. Plus la boisson est acide (Coca), plus l’hydrolyse est rapide.

Le sirop de sucre inverti est d’ailleurs utilisé dans l’industrie culinaire pour son pouvoir sucrant (surtout du au fructose) et parce qu’il ne dessèche pas. On le retrouve dans les glaces et les sorbets…

Le nom de sucre inverti est du à l’inversion du plan de polarisation de la lumière polarisée : une solution de saccharose dévie ce plan vers la droite (le saccharose est dit dextrogyre), tandis que le mélange glucose – fructose résultant de l’hydrolyse du saccharose le dévie vers la gauche (mélange lévogyre). Il y a donc inversion du plan de rotation, d’où sucre inverti.

Conclusion

En résumé, la réaction de déshydratation-carbonisation des sucres, telle qu’expérimentée par McGyver, relève d’une catalyse acide générale, nécessitant tout-de-même un acide assez fort pour être si impressionnante (le pKa de l’acide sulfurique vaut -3 !).

L’hydratation de l’acide sulfurique, produisant des clusters (agrégats atomiques) a même été l’objet d’une étude de physique quantique : http://pubs.acs.org/doi/abs/10.1021/jp2119026.

Pour le plaisir des yeux, on peut encore revoir la réaction dans cette vidéo-ci, plus détaillée, avec en fond sonore la chanson idéale : Sugar sugar des Archies (1968).

Bien entendu, étant donné la multitude d’espèces chimiques présente dans le chocolat, bien d’autres réactions ont lieu avec l’acide sulfurique (en plus des divers composés organiques, des cations, tel que le magnésium Mg2+ abondamment présent dans le chocolat, peuvent participer à des réactions d’oxydoréduction), mais seule la déshydratation des sucres importe dans la prouesse réalisée par McGyver.

Le chocolat

Ne nous arrêtons pas en si bon chemin ! Le chocolat noir se compose principalement de beurre de cacao, issue de la pression des fèves de cacao, qui, comme chacun sait, sont issues du cacaoyer. Il contient surtout de l’acide palmitique, stéarique, oléique, arachidique, et linoléique, ce qui ne signifie pas qu’il faille s’affoler de cette composition riche en matières grasses : non seulement, elles apparaissent par teneur décroissante, mais surtout la bicouche lipidique de nos cellules nécessite un apport suffisant en gras !

La fève de cacao, d’où est issue après torréfaction le beurre de cacao.

Le beurre de cacao, à la composition proche de celui de karité, est une des graisses les plus stables, car il contient des antioxydants naturels qui empêchent le rancissement et lui confèrent une durée de stockage de deux à cinq ans. Bien entendu, le goût n’est pas le même après un certain temps passé au placard…

Pour 100 g, le cacao, constituant principal du chocolat, contient 3 g d’eau pour 40 g de glucides (dont une majorité de sucres) !

Le chocolat blanc étant presque dépourvu de cacao, la réaction chimique avec l’acide sulfurique est théoriquement moins importante. En réalité, ce déficit en cacao est compensé par l’ajout de sucre !

Rêvez donc à la vue de ces carrés de chocolat ! S’il est universellement apprécie, c’est en raison de sa haute teneur en sucres.

Le chocolat est réputé pour ses propriétés d’antidépresseur, dues à la présence d’un acide aminé rare, le tryptophane, précurseur de la sérotonine. Le mode d’action du chocolat est donc le même que celui des médicaments antidépresseurs appelés inhibiteurs de la recapture de la sérotonine : il augmente la production de sérotonine, de même que les molécules synthétiques augmentent sa concentration au niveau des synapses.

Parmi les antioxydants présents dans le chocolat, on retrouve les polyphénols, la catéchine et l’épicatéchine.

Concernant les supposées vertus aphrodisiaques du chocolat, tout du moins le bien-être qu’il procure en grande quantité, elles sont dues à la présence de phényléthylamine, un alcaloïde endogène que j’évoque dans un article abordant notamment les liens entre sexe et chimie. Pour avoir un effet réel, le chocolat doit vraiment être beaucoup consommé, sinon la phényléthylamine est neutralisée par l’enzyme monoamine oxydase B, retrouvée notamment dans les thrombocytes (plaquettes). Néanmoins, dans le cadre de la maladie de Parkinson, à cause du traitement aux inhibiteurs des monoamine oxydases, l’effet relaxant du chocolat est plus net.

L’anandamide, substance endogène également, c’est-à-dire que notre cerveau la fabrique (elle fait partie des endocannabinoïdes), est présente en quantité très faible : elle agit sur les mêmes récepteurs que le cannabis, mais en raison des quantités infimes du chocolat, son effet sur le psychisme fait débat.

L’or noir – si l’on peut dire – contient bien sûr, en plus de quantités importantes de magnésium, du phosphore, du zinc, du potassium et du fer. Des arômes sont ajoutés pour l’adoucir, telle la vanilline.

On retrouve bien sûr de nombreuses vitamines, en particulier A, D et E, ainsi que les vitamines du groupe B.

Mais aussi, le chocolat contient de l’acide oxalique : à consommer avec modération donc, car l’acide oxalique participe à la formation des calculs rénaux.

Le chocolat est un poison pour les animaux

Le chocolat est riche en méthylxanthines : théophylline et théobromine (proche de la caféine). De même que le paracétamol est mortel pour les chats, mais aussi pour les chiens (et les serpents !) dans une moindre mesure, de nombreux chiens finissent régulièrement aux urgences pour intoxication au chocolat ! Nos amis les chiens n’ont pas les enzymes pour métaboliser la théobromine : interdit donc le chocolat ! Dans l’intoxication au paracétamol, les vétérinaires peuvent bien sûr procéder rapidement à l’injection de  glucuronyl transferase humaine, mais concernant le chocolat et les animaux, la prévention reste le meilleur remède, car il est souvent trop tard…

50 grammes de chocolat suffisent à tuer un chien de taille moyenne. Pire… La théobromine a une demi-vie assez longue et sa clairance animale (capacité à l’éliminer) est mauvaise : carré après carré, la molécule s’accumule et l’animal peut succomber longtemps plus tard, sans cause apparente.

Aussi, en raison de l’absence de récepteurs perfectionnés du goût, les chats sont moins susceptibles d’avaler une tablette de chocolat (cela n’a pas si bon goût pour eux) ; en revanche un chien peut faire une overdose de chocolat…

Theobroma cacao est d’ailleurs le nom scientifique du cacaoyer…

Le paradoxe français

Un constat est connu sous le nom de paradoxe français : les gens qui boivent – peu, mais régulièrement – vivent plus longtemps. Et ceux qui boivent du vin rouge, pas n’importe quel rouge alcool ! La France est en effet mondialement réputée pour ses cépages, et on a montré que les Français consommant du vin rouge avec modération ont une espérance de vie accrue significativement. Ceci serait dû aux polyphénols contenus dans le raisin (surtout rouge) ; en particulier de récentes études incriminent le resvératrol, un polyphénol de classe des stilbènes (à ne pas confondre avec tristement célèbre Distilbène !) On précise que les polyphénols sont des composés organiques dotés de propriétés antioxydantes, cest-à-dire qu’ils modèrent des réactions chimiques susceptibles de produire des radicaux libres, espèces chimiques aux effets délétères sur l’organisme. En protégeant l’ADN de ces attaques, les polyphénols permettent de prévenir les redoutables cancers et maladies neurodégénératives (type Alzeihmer) liées à l’âge.

Pas bon les radicaux libres ! 

L’innocuité des polyphénols du vin rouge (à petite dose) n’est plus à démontrer ! Concernant leur mode d’action, ils potentialisent l’effet de la superoxyde dismutase, enzyme mitochondriale chargée de la dégradation de l’eau oxygénée (peroxyde d’hydrogène). En effet, l’eau oxygénée est un produit de la respiration cellulaire, or elle est instable et génère spontanément des ions superoxyde, cancérigènes. C’est pourquoi l’organisme est doté de peroxydases, enzymes qui, comme leur nom l’indique détruisent (« ase ») le peroxyde, afin qu’il ne génère pas de radicaux libres. Une expérience courante au lycée à propos de la catalyse est d’ailleurs de verser dans un bécher de l’eau oxygénée : il ne se passe rien. Lorsqu’on rajoute un morceau de platine, des bulles se dégagent de la solution. Et pour cause : le platine est un catalyseur, c’est-à-dire qu’il accélère la réaction de dismutation de l’eau oxygénée en dioxygène et en eau (les bulles sont donc le dioxygène produit). Or l’expérience fonctionne également avec avec un bout de navet à la place du platine, car le légume contient en grande quantité une enzyme, la catalase, laquelle assure la destruction de l’eau oxygénée produite par le métabolisme du navet (car vous ne rêvez pas : les navets respirent, comme nous, mais par l’ostiole des feuilles !).

Conclusion : un verre de vin rouge ne se refuse pas ! (ou alors, mangez des raisins, ou des mûres :D)

Consommé avec modération, le vin rouge augmente l’espérance de vie.

A lire, un dossier très intéressant sur les polyphénols du vin : http://www.socpharmbordeaux.asso.fr/pdf/pdf-138/138-075-090.pd

Une histoire de goûts…

C’est une histoire de goûts que je vais vous conter. Une histoire extrêmement simplifiée, car la biologie du goût est très très très très compliquée (voilà, c’est dit), au sens où elle fait intervenir des centaines de récepteurs au nom imbuvable. Ainsi donc, comment goûtons-nous ?

Les papilles gustatives

Comme chacun sait, les aliments régalent nos papilles. Sauf que c’est faux… Les papilles sont des excroissances de la langue ; il en existe quatre types :

– les papilles circumvallées, formant le V lingual (au fond de la langue)

– les papilles fongiformes, sur le devant de la langue

– les papilles filiformes, un peu partout sur la langue

– les papilles coralliformes, situées sur les bords de la langue

Or les papilles ne perçoivent que cinq goûts élémentaires : le sucré, le salé, l’acide, l’amer… et l’umami.

Le cinquième goût

L’umami est bien le cinquième goût ! Difficile de dire quel goût ça a, puisqu’il s’agit d’un goût élémentaire ; cependant umami signifie savoureux en japonais : on retrouve l’umami dans le poisson, les crustacés, les viandes séchées, les légumes « goûteux » (chou, tomates séchées), ou encore la sauce soja. L’umami correspond à la présence d’acide glutamique et de nucléotides (précurseurs de l’ADN), de même que le salé traduit la présence de chlorure de sodium (sel !) et le sucré les sucres (fructose, glucose, saccharose, galactose, lactose, mannose, maltose, sorbitol, mannitol, xylitol – les trois derniers étant des polyols ou sucres-alcool) ou les dérivés sucrés (aspartame, acésulfame K, rébaudioside, stévioside – les deux derniers donnent leur pouvoir sucrant à la Stevia) !

Pseudo-chaleur

On peut être en chaleur sans bouillonner d’amour : n’avez-vous jamais exagéré sur la sauce piquante ? En vis-à-vis de cette aptitude à cracher du feu, la menthe provoque une incroyable sensation de fraîcheur. Mais au juste, pourquoi le piquant réchauffe et la menthe refroidit ? D’autant plus que cela n’a rien à voir avec la température : les bonbons à la menthe sont à température ambiante, et le thé chaud à la menthe refroidit également…

La fraîcheur buccale n’a rien à voir avec la température, si paradoxal que cela puisse paraître. La menthe contient du menthol, et c’est ce menthol (ou ses analogues comme le cubébol) qui, en se fixant sur le récepteur TRPM8 font frissonner…

De même, la capsaïcine du piment, la pipérine du poivre, et les glucosinolates de la moutarde activent le récepteur TRPV1, responsable de la sensation de chaleur qui accompagne l’irritation.

Astringence

Un peu de gastronomie moléculaire… Ceux d’entre vous qui ont déjà goûté un kaki pas assez mûr le savent : la bouche devient toute sèche. Certains vins, certains thés (en raison de l’acide gallique), ou encore les myrtilles provoquent la sensation spectaculaire d’astringence : la langue, et les joues deviennent râpeuses, comme extrêmement sèches. Ce phénomène est dû à la présence de tanins dans les aliments. Les tannins réagissent avec les protéines de la salive, en particulier l’enzyme amylase : il y a formation d’un complexe protéines-tanins déséchant la bouche. Mine de rien, le jour où ça vous arrivera, vous ferez moins les malins, étant donnée le côté étrange du ressenti astringent.

On goûte par le nez

Quitte à ce que le ciel vous tombe sur la tête, sachez qu’on ne goûte pas que la bouche, mais surtout par le nez. Quid de l’odorat dans le goût ? En fait, les personnes sujettes aux angines savent qu’elles se transforment souvent en rhinopharyngites : on a souvent affaire à une infection généralisée de la sphère ORL. Car la bouche et le nez communiquent largement (d’où le fait qu’on puisse avaler sa morve et cracher du sang lors d’un épistaxis). L’oropharynx est ouvert au rhinopharynx ! Ainsi, lorsqu’on a l’impression de goûter, on hume l’aliment par un processus appelé rétro-olfaction : l’odeur remonte par l’arrière du palais jusqu’au nez (épithélium olfactif), et on croit ressentir un goût.

Deux voies d'entrée pour l'air ! En cas de gros rhume, on ne goûte plus aussi bien ; d'ailleurs les goûteurs de vin enrhumés prennent congé, car cela demande de différencier des saveurs assez proches.

Il se trouve que le « véritable » goût des aliments (le délicieux brownie, le succulent tiramisu, le petit parfum de livèche…), ainsi que leur arrière-goût (c’est le cas de le dire !) ne sont pas perçus par la langue, mais par le nez ! Il n’existe que cinq goûts (activant des récepteurs gustatifs particuliers), le reste – tout ce qui fait la diversité extrême des goûts – est dû aux flaveurs, ensemble d’arômes et senteurs cheminant jusqu’au nez.

Voilà donc : il n’existe pas quatre goûts élémentaires mais cinq, et on ne goûte pas vraiment par la bouche mais plutôt par le nez. Ce rôle prépondérant de l’olfaction est pour le moins troublant, je ne vous le fais pas dire ! Mais cette réalité, de même que la fausse fraîcheur du menthol, a le mérite philosophique de remettre les choses à leur place : comme dit Morpheus dans Matrix, « le monde est une prison qui n’a ni espoir, ni saveur, ni odeur« . La réalité est surtout l’image que nous nous en faisons… En croyant goûter, nous sniffons sans nous en rendre compte. Au final, le goût n’est qu’une sensation dénuée de réalité propre. La preuve…

Les dents goûtent aussi !

Comment un bout d’ivoire – pardon, d’hydroxyapatite – pourrait-il goûter quoi que ce soit ? En fait, les dents ne goûtent pas à proprement parler, car elles ne sont pas dotées de récepteurs chimiques ; en revanche elles participent à la perception du goût en transmettant des signaux électriques au cerveau. C’est notamment pourquoi avec l’âge (perte des dents), en plus de la dégénérescence des papilles, s’installe une égeusie (ou perte du goût) partielle. On a remarqué que les patients aux dents dévitalisées ressentaient passagèrement moins le goût, en raison de l’anesthésie naturelle provoquée au niveau de la pulpe dentaire.

Du coup, selon qu’on fume, se brûlons souvent, sommes plus ou moins édentés, et avons un vécu différent, vous et moi ne goûtons probablement pas pareil. Si l’on peut s’accorder sur les goûts – si raffinés soient-ils – c’est qu’ils correspondent à la teneur chimique de l’aliment. L’accord a pourtant ses limites : tout le monde ne perçoit pas le délicieux goût des choux de Bruxelles, de même que l’épinard n’a pas la côte auprès des enfants ! D’autre part, les mots ont leurs limites : vous et moi savons quel goût a le chocolat, mais il est impossible de le décrire précisément. Le chocolat a un goût de chocolat ! Sage conclusion.

Et vous : avez-vous déjà perçu l’umami ? Quelle idée vous en faites-vous ? Témoignez-le en commentaires !

Réflexions sur la réalité

Le goût est-il réel ? Dans l’optique de le savoir, je continue mon article sur le goût, en y établissant un parallèle avec la réalité des sens.

En fait, le goût est la perception que nous nous en faisons. De même le jaune est différent du rouge, mais dans l’absolu le jaune n’est pas plus jaune que rouge ! Ultimement, les données sensorielles ne sont qu’un signal électrique relayé par un nerf, c’est-à-dire une onde codée en FM (modulation de fréquence), tout comme la radio… Le rouge ou le jaune sont les représentations que s’en fait notre cerveau. Il paraît d’ailleurs que le summum de la spiritualité est pour un aveugle de percevoir les couleurs… sans yeux fonctionnels !

Toujours est-il que le goût et les odeurs résultent de l’interprétation de signaux électriques par le cerveau. En définitive, le piment n’est pas plus piquant que la chantilly, le piment contient seulement de la capsaïcine ! Il se trouve d’ailleurs que le cerveau perçoit les goûts et les odeurs dans la même région, située à la base du crâne. Pour cette raison, goûts et odeurs sont mêlés : on peut s’imaginer le goût du chausson moisi sans jamais y avoir goûté, de même que le goût des excréments est plus ou moins prévisible à l’odeur ! Pour changer, disons qu’en se rappelant l’odeur de la madeleine de Proust, on saisit le goût…

La réalité nous échappe

Car vous et moi, les yeux fermés, pouvons nous imaginer le rouge et le jaune. Vous voyez bien : les couleurs n’existent qu’au fond de nous. Plus généralement, seule la pensée existe (« je pense donc je suis » cartésien), la douleur du membre amputé nous rappelle combien les perceptions sont subjectives ; d’ailleurs il suffit d’implanter des électrodes dans le cerveau pour faire ressentir des éléments artificiels aussi vrais que nature.

Le paradoxe du cerveau en cuve

Reprenant l’idée du malin génie de Descartes, le paradoxe du cerveau en cuve stipule que si nous étions des cerveaux baignant en cuve, sur lesquels une intelligence supérieure ferait une expérience de neurostimulation, nous n’en aurions pas conscience… Ce que nous appelons la réalité ne serait alors qu’un train d’onde électrique piloté par un ordinateur divin ; et un jour (si vous voyez ce que je veux dire) l’ordinateur arrête de balancer ses signaux électriques… Game over.

Pour autant il n’y a pas de quoi devenir fou (la folie se définit comme un doute sur la réalité), car si nous n’étions que le fruit d’une expérience neurochirurgicale, nos chirurgiens – nos dieux, les extraterrestres (appelez-les comme vous voulez !) – seraient aussi des cerveaux en cuve. Du moins, il n’y a aucune raison pour qu’ils ne le soient pas… dans une réalité encore supérieure à la leur ! Nous flirtons avec la notion de niveaux de réalité, explorée dans le principe holographique de l’univers.

La réalité est – en partie – telle que nous nous la faisons

Dans son livre L‘Univers est un hologramme, Michael Talbot relate une histoire avérée : lorsque Christophe Colomb s’approcha des côtes américaines, les Indiens, pourtant aux aguets, ne le remarquèrent pas. La raison serait que les Indiens n’ayant jamais vu de caravelles, les bateaux ne faisaient pas partie de leur réalité : dans le bleu du ciel, ils ne pouvaient s’imaginer un mât, alors ils ne l’ont pas vu (nous, aujourd’hui, pouvons nous imaginer des vaisseaux spatiaux, car pour notre civilisation c’est dans les limites du raisonnable technologique). Bien entendu, cette anecdote est à prendre des pincettes car on peut s’imaginer tout et n’importe quoi ; cependant elle montre qu’on peut avoir des œillères sur la réalité : s’imaginer une chose… est une chose, se persuader qu’elle est réelle en est une autre. Cette notion de clichés débouche sur le solipsisme, courant de pensée soutenant que la réalité existe dans notre esprit, et n’existe par conséquent pas en dehors de la conscience. Le solipsisme est en plein essor en raison des avancées de la physique quantique (cf chat de Schödinger).

Le point aveugle

En plein milieu de la rétine, passe le nerf optique. Ceci fait qu’il existe un large point noir au beau milieu de l’œil, ou plutôt un point ne contenant aucune cellule photosensible. Résultat des courses : on n’a pas l’impression d’être aveugle au centre de l’image, on n’a aucune impression particulière. Car voir noir, c’est déjà voir… Or le point aveugle ne contient pas de photorécepteur : comment pourrions-nous voir quoi que ce soit ? Au final, nous pensons avoir un champ de vision complet, car l’aire corticale de la vision (située dans le lobe occipital du cerveau, à l’arrière du crâne) reconstitue la réalité en trafiquant les signaux électriques.

Figurez-vous d’ailleurs que les yeux perçoivent les images à l’envers (car la cornée et le cristallin se comportent comme une lentille convergente). L’impression d’endroit provient du traitement des données par le cortex visuel. De même, les nerfs optiques se croisent au niveau du chiasma optique : le cerveau droit communique avec l’œil gauche, et vice-versa.
Aussi, la perspective axonométrique, vitale en architecture, nous montre à quel point le cerveau analyse les données pour s’en faire une idée : d’un dessin sur le papier, on s’imagine l’édifice en 3D. Chose étrange que la 3D d’ailleurs : la vision stéréo cohérente (impression de profondeur) nécessite deux yeux, or en fermant un œil, on voit tout aussi bien dans une portion restreinte de l’espace ! C’est la preuve que notre cerveau compare l’image d’un seul œil avec ce qu’il a l’habitude de voir pour en ressortir une image mentale convenable.

L'escalier de Penrose est un objet impossible : encore une fois, les sens nous trompent !

Fous d’amour

Gardez donc un chocolat délicieux en bouche (ou ne sais-je quoi d’autre), et demandez-vous si au fond ce que vous ressentez est réel. Laissez-moi vous souffler que ce qu’on ressent n’a pas de réalité propre (seulement une réalité pour nous), mais qu’à partir du moment où ces chocolats sont partagés, on a la certitude qu’une autre personne ressent (quasiment) la même chose que nous. Dans ce cas-là, on est tous fous, mais notre réalité est commune : elle est la Réalité. Maintenant, demandez-vous si ce que vous ressentez pour une autre personne est réel. Si on est le/la seul(e) à ressentir un étrange sentiment appelé amour et qu’on se persuade qu’il est réel (donc partagé), alors on est fou.

Pour autant, il existe des amours non réciproques. Mais tant qu’on n’a pas déclaré sa flamme, l’amour n’est pas véritablement réel : il n’existe qu’en nous, et nous pouvons nous aimer l’un-l’autre en l’ignorant mutuellement. Or il arrive des moments où nous avons le pouvoir de faire jaillir une réalité (qui n’est à la base qu’un fantasme), c’est-à-dire être en couple. Cette réalité naît de l’information, elle n’apparaît que si deux protagonistes sont mis au courant. En physique quantique, c’est le problème de la mesure : la mesure expérimentale fait jaillir une réalité qui, originellement, se trouve dans des états superposés (c’est-à-dire qu’en physique quantique une pièce dans une boîte se trouve dans deux états à la fois – pile et face – , c’est en soulevant le couvercle que l’état pile ou face se concrétise !).

La Réalité ne vaut que si elle partagée. Si les psychiatres étaient les seuls à y croire, alors ils seraient fous (voir ce qu’il advient du psychiatre de Sarah Connor dans Terminator !). Songez-y, et vous comprendrez pourquoi Robinson perd la boule sur son île. Je ne vous promets point le « vivre plus intensément » des harangues spirituelles ; seulement il est bon de suivre le chemin de ses rêves et ambitions, car la route n’est jamais tracée – c’est un enseignement collatéral de la physique quantique, qui fait couler beaucoup d’encre à propos des univers parallèles. En croyant dur comme fer qu’un élément se concrétisera, et en mettant tout en œuvre pour, on a le pouvoir de passer du monde des fantasmes à la Réalité. Car la Réalité n’est jamais que ce en quoi nous croyons tous, et pour qu’un désir l’en imprègne, les autres doivent croire en ce désir.  Ce n’est pas de la manipulation, mais un tour de force, une démonstration de talent. Si Bill Gates n’avait pas mis le paquet avec son premier logiciel, s’il n’avait pas fait en sorte que ses créanciers croient en lui, alors il ne serait pas où il est (sur son île privée !)…

Certes, la Réalité a une composante universelle : par exemple, le soleil est jaune, indépendamment de notre opinion. Or le réel est basé sur la science, et d’après la célèbre définition de Gaston Bachelard, le propre d’une science est d’être réfutable. Aussi, la physique quantique montre que l’observateur influe sur l’expérience. En résumé, le soleil n’est pas jaune… Tout ce qu’on peut en dire, c’est qu’il émet de la lumière visible, principalement dans les longueurs d’onde 565 à 590 nm. D’ailleurs, le soleil n’émet pas que dans le jaune : pour les abeilles qui voient les ultraviolets, les expériences ont montré qu’elles perçoivent le soleil en ultraviolet (une couleur que nous ne percevons pas : difficile de dire à quoi elle ressemble !) ; et pour les serpents, qui voient dans l’infrarouge, le soleil est infrarouge (de même, difficile de s’imaginer à quoi ça ressemble !). En résumé, au pays des abeilles, les psys internent les abeilles qui voient le soleil jaune, et au pays des serpents, les psys-serpents étiquettent comme fous les serpents qui verraient le soleil jaune.

Ce que nous pensons être du jaune n'est pas vraiment du jaune, mais l'interprétation que s'en fait notre cortex visuel : scientifiquement, il n'existe qu'une radiation chromatique dans une certaine bande de fréquence (les longueurs d'onde - λ - sont convertibles en fréquence par une relation toute simple : λ = c/f où f est ladite fréquence et c la vitesse de la lumière).

Faisons le calcul pour une lumière de 580 nm (en plein dans le jaune). Un nanomètre vaut un milliardième de mètre ; d’après la formule, f= c/λ, soit f=299 792 458 (vitesse de la lumière)/ 580*10(-9)=516 883*10(-9) Hz=5 16,8 THz. Le jaune s’approxime donc à 500 térahertz, soit bien plus que les micro-ondes et bien moins que les rayons UV. Pour comparaison, la radio FM émet entre 87,5 et 108 MHz : ce que nous appelons lumière n’est que la partie du large spectre électromagnétique à laquelle nos yeux sont sensibles ! Si pour nous les UV ne sont pas une couleur comme les autres, mais seulement une lumière bronzante invisible, c’en est une pour les abeilles qui voient UV…

Tout bon scientifique dans l’âme que je suis, le soleil n’est pas rigoureusement jaune : le soleil émet des ondes électromagnétiques majoritairement dans le domaine 565-590 nm, ce qui, pour l’œil humain, via son pigment sensible, la rhodopsine, correspond au jaune.

Spectre d'absorption du soleil, tel que découvert par Joseph von Fraunhofer en 1817. Les raies noires (dans ce qui est colorisé par le CNRS) portent le nom de raies de Fraunhofer. Elles sont à l'origine de la spectrométrie : leur étude permet de déduire quels éléments ont absorbé la lumière, et donc retrouver la composition chimique du soleil.

C’est toute la différence entre penser et savoir. En matière de Réalité, on ne peut faire confiance qu’à ce qui est dûment réfléchi (par les sciences, de préférence), car les sens nous trompent ; ce ne sont pas les illusions d’optique qui plaident en la défaveur :

Illusion d'optique, d'après un dessin de M.C. Escher.

Rassurez-vous cependant, en regardant le soleil, il a toujours été jaune pour moi ! Suis-je bête, je ne l’ai jamais regardé, et vous ? Faut-il ouvrir grand les yeux pour s’assurer de sa couleur ? Soyons plus sages qu’Icare, et ouvrons les yeux par la pensée : c’est la seule certitude qui vaille.

Tout ce que je sais dans la vie (à part lire, écrire, compter, foutre un bulletin dans l’urne, et analyser un spectre électromagnétique), c’est que la pensée – rationnelle – est d’une efficacité paradoxale : d’une part, elle permet de s’affranchir des carcans pour ne pas s’arrêter au monde des préjugés ; d’autre part elle est le pire ennemi des amoureux : qui n’est jamais passé à côté d’une occasion parce qu’il a trop réfléchi ?

Ce n’est jamais le moment idéal, on ne sera jamais vraiment prêt… Comme dit le groupe Facebook, « plaque-moi contre un mur et embrasse-moi comme dans les films » ! Une parole goût umami à méditer tout autant que les raies de Fraunhofer…

NB : ce coq à l’âne du goût à l’amour en passant par l’électromagnétisme est volontaire. En matière de réalité, il convient d’adopter un certain monisme et non de se cantonner à regarder son nombril 😀

Si le système reproducteur aviaire vous intéresse, sachez que les poules ne le font pas comme nous, mais par un orifice à tout faire appelé cloaque (la poule pond par le vagin).

Et vous : Plussoyez-vous – par exemple – qu’un objet retombe lorsque la composante verticale du vecteur-vitesse associé à son centre d’inertie est nulle, ou les choses vous semblent-elles ce qu’elles sont ? Témoignez-le en commentaires !

A table !

Un placenta goûteux façon bolognaise, ça vous dit ? Et des testicules bien frais mitonnés par un chef ? Tour d’horizon des recettes les plus inhabituelles…

La pizza aux testicules

Ljubomir Erovic, un chef cuisinier serbe de 45 ans, se spécialise dans la cuisine des testicules depuis 20 ans (les testicules sont d’ailleurs un plat traditionnel en Serbie). Il est l’auteur de The Testicle Cookbook : avis aux amateurs !

Selon le chef, les testicules les plus goûteux sont ceux du taureau, de l’autruche, du cheval et du mouton. « Mais tous les testicules sont mangeables, sauf ceux de l’homme bien sûr ! » lance M. Erovic.

Pizza aux testicules de taureau

À quoi peut-on comparer le goût des testicules ? « Comme n’importe quelle viande, les testicules auront un goût différent selon l’animal dont ils proviennent. Ça ressemble à de la viande blanche et souvent les gens croient que c’est du poulet », explique Ljubomir Erovic. Le chef recommande les testicules de taureau ou de cheval aux non-initiés.

Les pâtes au placenta

Parmi les animaux, la placentophagie est une pratique courante : le placenta serait plein d’oligoéléments et de protéines, alors certains n’hésitent pas à s’y mettre…

Pâtes à la bolognaise… façon placenta !

Le gâteau au placenta

On compare souvent le placenta à une galette. Voilà que la comparaison est poussée jusqu’au bout :

Galette fourrée au placenta

NB : si le placenta et les testicules sont présentées sur le même plan, je précise que beaucoup de monde mange des testicules, alors que pour remplacer la frangipane par du placenta, il faut avoir l’esprit – comment dire – un peu tordu. Si cette pratique, pas plus farfelue que manger de la cervelle, reste exceptionnelle, sachez toutefois que, cuit, le placenta n’a jamais rendu quiconque malade, au contraire. A noter toutefois qu’il fixe les médicaments, donc l’ingestion est proscrite en cas de traitement médicamenteux durant la grossesse ! On ne sait jamais : il vaut mieux le préciser…