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Erotomanie, ou l’amour fou

Lu sur les sites People, relayé par le blog de Jean-Marc Morandini, Usher a été victime d’une fan se prenant pour sa femme, et s’introduisant a deux reprises chez lui ! La police l’a arrêtée ; son procès est en attente…

Plus foudroyant que l’amour : l’amour imaginaire

Il n’empêche que personne n’évoque l’érotomanie – étonnant. Il s’agit du trouble délirant d’être aimé (aussi appelé syndrome de Clérambault), maladie, ou plutôt avatar de psychose, dont est vraisemblablement atteinte la femme harcelant le chanteur.

Le psychiatre G. Clérambault est le premier à voir fait une étude approfondie du phénomène dans son ouvrage Les psychoses passionnelles, paru en 1921. Reprise dans Liaison fatale, film d’Adrian Lyne avec Glenn Close et Michael Douglas, l’érotomanie se décrit ainsi, dans sa forme la plus typique :

  • L’érotomane est d’abord persuadée que c’est l’autre « qui l’aime en secret », que c’est l’autre qui, le premier, fait des avances, mais qu’il n’ose pas ou ne peut pas se déclarer ou encore qu’il fait tout pour dissimuler son amour.
  • Phase d’espoir : la plus longue, où le malade espère que l’être aimé va se déclarer ouvertement. La plupart du temps, l’érotomane reste dans cette phase ;
  • Phase de dépit : la personne malade tombe le plus souvent dans la dépression, elle s’isole ; elle peut devenir agressive ou suicidaire ;
  • Phase de rancune : l’agressivité se tourne vers la personne aimée et peut mener au meurtre.

Pour le malade, « il est naturel de détruire l’objet de son amour puisqu’il l’a déjà détruit. »

L’érotomanie, plus courante qu’on ne le pense, est une forme de délire paranoïaque aux causes diverses. Une personne dérangée se met dans la tête qu’elle est aimée en secret, et fera tout pour avoir la preuve de cet amour. D’autant que le malade ne distingue plus ses fantasmes de la réalité : il est persuadé que l’autre use d’un stratagème pour ne pas dévoiler son amour au grand jour.

Seul contre tous, sauf celui (plus rarement celle) qui l’aime en secret, le malade se sent investi d’une mission : permettre cet amour, le faire éclore envers et contre tous.

Un cas célèbre d’érotomane est John Warnock Hinckley Jr : il tenta d’assassiner le Président des Etats-Unis Ronald Reagan le 30 mars 1981… pour impressionner Jodie Foster ! Elle jouait la prostituée dans le film Taxi driver, et il en a conçu une obsession pour elle, lui envoyant d’abord des mots doux, puis la harcelant par téléphone, avant de passer à l’acte.

Il se justifie par écrit de l’attentat qui a failli tuer Reagan (opéré) et blessé gravement des policiers :

« Ces sept derniers mois, je t’ai laissé des dizaines de poèmes, de lettres et de messages d’amour dans l’infime espoir que tu puisses développer de l’intérêt à mon égard. Bien que nous ayons parlé au téléphone quelques fois, je n’ai jamais eu le courage de simplement te rencontrer pour me présenter. […] La raison pour laquelle je vais faire cela est que je ne peux plus attendre une seconde de plus pour t’impressionner. »

Le genre d’hommes que toutes les femmes rêveraient d’avoir (ou pas) : fidèle et dévoué, il n’a d’yeux que pour elle…

Fidèle, oui, mais fou ! Il aurait pu guérir depuis le temps, si lors de permissions qui lui furent accordées, on n’avait pas retrouvé des objets à Jodie Foster à l’hôpital… Hinckley ne guérira peut-être jamais : il n’aime qu’elle ; c’est la maladie d’amour poussée à son paroxysme.

Ce jour de 1981, Hinckley se transforme en véritable petit soldat. Incontrôlable, il devient une machine à tuer… pour une personne qu’il ne connaît pas, et dans le délire qu’elle tombera ainsi sous son charme.

31 ans après, l’homme est toujours à l’hôpital psychiatrique ; sa fixation ne semble pas avoir disparu… Et pour cause : l’érotomanie est (à l’instar de l’amour ?) une maladie durable dont beaucoup ne guérissent jamais.

L’érotomanie est surtout fréquente envers les stars, pour la bonne raison qu’elles sont inaccessibles. Ce genre d’histoires déferle régulièrement la chronique, le topos est toujours le même : s’imaginer une vie toute autre, s’aventurer au plus près des people, et gare à eux s’ils nous rejettent…

Les causes

Le manque affectif durant l’enfance est un facteur de susceptibilité à l’érotomanie. L’inoccupation, une imagination vive, et un amour-propre important prédisposent au phénomène.

Généralement, l’érotomanie est révélatrice de schizophrénie, mais elle peut être la conséquence d’un traumatisme (histoire typique de la personne rappelant un être disparu). Il convient de traiter rapidement cette psychose (à coups de médicaments antidélirants), auquel cas ce qui ressemble à une farce finit en meurtre : quitte à éliminer l’être aimé et tous ceux se mettant en travers du chemin conduisant à l’amour (fou).

« Ils t’empêchent de m’aimer ; attends un peu que je sorte de là. »

A noter qu’un cas d’érotomanie consécutif à une hémorragie méningée avec rupture d’anévrisme cérébral a été décrit : il se pourrait y avoir un substratum neurologique à l’érotomanie, mais l’environnement, la culture et l’éducation se taillent la part du lion dans les facteurs imputables.

Sois belle et tais-toi !

Plus elles seraient stupides, plus elles se laisseraient faire… Des chercheurs américains viennent de remarquer qu’un homme moyen est en quelque sorte « préprogrammé » pour préférer les femmes niaises et « vulnérables », surtout s’il cherche une « aventure ».

Pour tirer ces conclusions, les (brillants) chercheurs ont établi avec des volontaires masculins une liste de critères permettant de se dire qu’une femme est « exploitable » (sexuellement parlant ; c’est d’ailleurs le titre de leur publication !). Certains de ces critères n’étonneront guère la gente masculine : une femme qui se mord ou s’humecte les lèvres par exemple, mais aussi une femme qui a l’air endormie ou alcoolisée. Ces femmes retiennent davantage l’attention (et la libido) des mâles…

Plus elles sont bêtes, plus elles sont désirables ?

Il a été montré à un groupe de 76 autres hommes des photos de femmes présentant ces critères. On a demandé aux cobayes quelles étaient les femmes désirables. Résultat : si une femme présente une « vulnérabilité physique » (comme une petite stature), cela ne change rien. Par contre, en cas de « vulnérabilité psychologique »… Une femme un peu niaise sur les bords devient instantanément plus désirable qu’une femme qui fait « intello ». Bien entendu, si l’on demande à ces mêmes hommes leur intérêt pour une relation durable, ces femmes ne sont plus du tout dans la liste des priorités !

Goetz, C. D., Easton, J. A., Lewis, D. M. G., & Buss, D. M. (2012). Sexual exploitability: observable cues and their link to sexual attraction. Paru dans Evolution and Human Behavior.

Pourquoi les femmes pissent ensemble ?

« Lorsqu’un petit groupe prend un verre dans un bar, dine au restaurant, s’amuse en discothèque ou assiste à un austère meeting dans une quelconque salle des fêtes, il arrive un moment où les femmes se rendent aux toilettes » : tel est un constat juste…

Contrairement à la plupart des hommes, les femmes s’éclipsent bien souvent à deux pour uriner. Les hommes en général pissent seuls saufs les buveurs de bière qui discutent en lâchant un jet en groupe dans le caniveau contre un arbre, quand ils ne ponctuent pas leur miction d’un pet sonore ou d’un rôt guttural et synchrone

Or ce phénomène a l’air universel. Pour explication, les femmes auraient davantage besoin de se retrouver entre elles que les hommes ; il est néanmoins déplorable de ne posséder aucune étude menée en pleine nature, car si maintes femmes adoptent ce comportement, souligne l’article, c’est peut-être une protection instinctive pour éviter les viols, encore trop courants dans notre contrées. Bien qu’ils ne le soient pas moins en pleine nature, on peut se demander si la présence d’autres individus dans les parages n’est pas opressante.

Combien de femmes vont uriner à deux pour avoir un moment d’intimité et de complicité et papoter en se repoudrant ! C’est le moment et le lieu idéal pour sortir des conseils sentencieux, se plaindre ou faire des confidences. « Méfie-toi de Christophe, c’est un dragueur. Il te tourne autour et quand il t’aura baisée, tu n’en entendras plus parler » ou alors plus intime « Mon mari me baise comme un con, on dirait qu’il pense à autre chose » ou encore plus inquiétant « Tu devrais te méfier de Corine, c’est une salope ! Elle tourne autour de ton mec que ça en devient gênant ». Par contre, elles ne s’isoleront pas des mâles pour se demander s’il vaut mieux miser sur Bouygues que sur les ciments Lafarge et encore moins pour se poser la question « Et toi, tu as voté Hollande ou Sarkozy ?  ». Pas besoin non plus de partir à deux pour dire que Poutine a plus de charme que Ben Laden, par contre concernant Paul et Robert….

Et puis il y a les demandes délicates qui ne peuvent se faire à table devant une présence masculine. Il faut bien s’en éloigner pour demander un tampon de secours, loin d’oreilles indiscrètes…

L’article complet est à lire sur Agoravox : http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/mais-pourquoi-vont-elles-si-116672

Souvenirs d’enfance

Si on se souvient généralement du prénom de son amoureux/se de maternelle, et qu’on a plusieurs souvenirs de l’école maternelle (3 à 6 ans environ), qu’en est-il de la mémoire durant la petite enfance ? Outre le fait que la mémoire nécessite le développement de structures cérébrales telles l’hippocampe (on ne peut pas se souvenir de notre naissance !), on a tendance à oublier avec l’âge : ainsi, peut-on se rappeler de nos deux ans ? Slate consacre un article au sujet, et explique combien la mémoire est plus développée entre 2 et 3 ans qu’on ne le pense : à lire ici. Pour ma part, j’ai ce souvenir à 2 ans et huit mois (32 mois à peu près) de mes grands-parents m’offrant des oeufs en chocolat au centre commercial de Pincevent (que je cite car il s’agit d’un site archéologique de Seine-et Marne !) Mais aussi je les revois me donner des Pim’s probablement encore avant… Je suis décidément porté nourriture, me direz-vous ! Pas spécialement, et j’ignore pourquoi ces souvenirs, et non d’autres, restent mes plus anciens. Une chose est sûre : à cet âge-là, on ne vit que dans le présent, et il est difficile a posteriori des raisons qui font que s’on rappelle tel moment plutôt qu’un autre. Pour autant, Slate explique que la mémoire des enfants avant 3 ans est ahurissante, mais un enfant se rappelle durablement d’un souvenir très ancien préférentiellement si ce souvenir est marquant (dans l’article il est question de l’évocation d’une machine à rétrécir !). Attention néanmoins : en matière de souvenir, on a tendance à les compléter, surtout si ceux-ci sont anciens. Par exemple je me vois danser avec mes parents durant une fête du 14 juillet dans un certain parc ; cependant, j’accole a posteriori le nom du parc que j’ignorais à l’époque, ainsi que la date (à trois ans on n’a pas conscience de la fête nationale !). Probablement que ce souvenir m’a marqué car c’était mon premier feu d’artifice (même si j’en avais vu un le 14 juillet de mes 2 ans, il est impossible de s’en souvenir !). D’autre part, les faux souvenirs sont bien réels, c’est prouvé, notamment à l’occasion de l’effondrement de la deuxième tour jumelle que tout le monde est persuadé d’avoir vu s’effondrer en direct alors que la télévision a reçu les images avec beaucoup de retard. Il est très intéressant de connaître les processus cognitifs à l’origine de la mémoire chez le tout petit, notamment car notre vie ne commence pas, pour nous, à la naissance, mais dès les premiers souvenirs : quelle différence entre 1900 et notre première année ? La question est désormais de savoir si nous vivons pleinement avec une conscience immédiate, ou si pour savourer pleinement un instant on doit s’en souvenir. A moins que ce ne soit l’inverse : pour se souvenir, il faut avoir savouré l’instant…

Les montres de Carthagène

Cette histoire, rapportée par Paul Watzlawick, célèbre cofondateur de l’Ecole de Palo Alto offre une image intéressante en matière de rapport avec les autres :
« Un voyageur arriva dans la ville colombienne de Carthagène où la coutume était de tirer un coup de canon à partir de la forteresse tous les jours à midi ce qui permettait aux habitants de régler leur montre.

Or, ce voyageur remarqua que le coup de canon était tiré toujours une demi heure à l’avance. D’un naturel curieux, il demanda au commandant de la forteresse les raisons de cet écart.
Celui-ci lui confia que tous les matins, il envoyait un officier en ville pour régler sa montre sur celle d’une pendule réputée pour sa précision et qui était exposée dans la vitrine de l’horloger local.

Quand le voyageur voulut savoir d’où l’horloger tenait son heure « juste », celui-ci lui répondit fièrement qu’il réglait sa montre sur l’heure du coup de canon et que depuis bien des années il n’avait jamais constaté la moindre différence ! »

Cette anecdote croustillante n’est pas sans rappeler les rétroactions, objet d’étude la cybernétique, célèbre paradigme théorisé par Norbert Wiener. Elle nous montre qu’en matière d’information, nous calons souvent nos opinions sur celles des autres, qui, en retour, calquent leur opinion sur la nôtre : on tourne en rond, à l’instar des servomécanismes, vitaux en endrocrinologie pour l’homéostasie, ou régulation du milieu intérieur : plus on a soif, plus on boit ; en retour plus on boit on a soif, et la teneur en eau de l’organisme est ainsi maintenue constante. De même la glycémie ou la testostéronémie sont maintenues à une valeur de consigne par un rétrocontrôle. Ce concept se retrouve aussi avec les cellules de Renshaw, chargées de réguler l’activité des motoneurones. Le principe est d’ailleurs le même que celui du thermostat : afin de maintenir la température constante, le système doit comporter un effecteur et un appareil de mesure (en l’occurrence un thermomètre) : plus il fait chaud, plus le système abaisse la température ; plus il tend à faire froid, plus le système chauffe.
Plus généralement, l’entrée conditionne la sortie, selon la théorie informatique garbage in, garbage out (des déchets à l’entrée, des déchets à la sortie). Il n’est pas étonnant qu’il existe un lien entre informatique et psychologie, pour la simple raison que l’informatique est la science de l’information, or notre cerveau est une machine biologique traitant de l’information. C’est pourquoi la recherche en intelligence artificielle tend à simuler informatiquement notre cerveau par des réseaux neuronaux, tel que le perceptron.

Notre cerveau est un ordinateur

Si vous pendez que le grand manitou nous a doté d’un organe fabuleux, vous faites fausse route. Certes, le cerveau est fabuleux : par sa propriété d’auto-référence (conscience de soi), il est la chose la plus complexe dans l’Univers. Pour autant, les neurones sont des portes (bio)logiques permettant le traitement des signaux électriques (car en vertu de l’équation de Nernst, toutes les cellules sont électrisées en raison d’une assymétrie de composition ionique entre leur intérieur et leur extérieur). Je vous suggère fortement de jeter un coup d’oeil à ce lien, expliquant en images le principe des portes logiques (ce ne sont ni plus ni moins que des interrupteurs munis d’une table de vérité : si deux interrupteurs sont en dérivation et que l’un est fermé, le signal passe ; si deux interrupteurs sont en série et que l’un est fermé, le signal ne passe pas.) En dernier ressort, notre intelligence fonctionne sur le principe de l’algèbre de Boole… Les synapses sont les zones de connexion entre neurones où se produisent les opérations logiques. Noter toutefois que les astrocytes sont des cellules gliales qui pourraient également jouer un rôle dans la pensée.

L’analogie cerveau/noix. 

La ressemblance entre notre cerveau et les cerneaux de noix est flagrante. Nous savons aujourd’hui qu’elle s’explique par les fractals, structures géométriques dont le but est de tenir dans un espace restreint (boîte crânienne ou coque) tout en maximisant la surface d’échange (sang, lymphe/neurones – sève/parenchyme). Le réseau liquidien est d’ailleurs visible en surface des cerneaux : ce sont de petits vaisseaux brunâtres, correspondant au polygone de Willis chez nous (cercle artériel du cerveau).

Les cerneaux de noix, légèrement oblongues, sont en fait les cotylédons dont la structure est identique aux deux hémisphères cérébraux : on y reconnaît les gyrus, ou circonvolutions (ensemble de replis sinueux), délimités par des sillons.

Cerveau humain : le bulbe rachidien et le cervelet (en arrière) dépassent.

Ce cerneau de noix est comparable à un hémisphère cérébral. Au centre on reconnaît le hile, enserrant un pédicule où convergent les vaisseaux nutritifs.

Les deux cerneaux sont séparés, de mêmes que le cerveau droit et le cerveau gauche sont reliés par cinq commissures (les plus notables étant la commissure habénulaire, le corps calleux, et le fornix)

Sur cette photo de noix en développement, on reconnaît au centre l'analogue d'un ventricule cérébral (espace de circulation du liquide cérébrospinal).

Je ne sais pas si Dieu a créé l’Homme à son image, en revanche Il nous a créé à l’image des noix ! S’Il existe…