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Lui, Président de la République… s’y prendrait autrement !

moipresident

Par Frédéric Deligne.

François Hollande à la télé !

J’ai assisté de mes propres yeux (via la télévision !) à l’adoubement de François Hollande. Dans le jardon moderne, cela s’appelle l’investiture, mais la remise des insignes du grand maître de la légion d’honneur n’est pas si différente du protocole chevaleresque.

Le luxe

Dans une atmosphère musicale du dix-huitième siècle (un morceau de Jean-Philippe Rameau voulu par Monsieur Hollande lui-même), le président et son escorte militaire arpentent des salons de toute beauté, aux ornements raffinés, tout en dorures, et aux lustres magnifiques. Il n’y a pas jusqu’aux tapis qui ne soient dignes des rois.

D’ailleurs, l’Elysée, palais somptueux, date de 1720 ; l’impératrice Eugénie y séjourna. Ce n’est pas Versailles, loin de là (il manque les bassins), mais ça y ressemble. Las cependant des joyaux de la couronne, le peuple français (enfin presque) décerne à son chef 952 grammes en or massif dont l’un des maillons a été gravé à son nom. Un joyau rutilant à l’effigie de François Hollande, donc, avec lequel le jeune Louis Sarkozy s’amusait en 2007…

Grand collier de la Légion d’Honneur, ou l’orfèvrerie au service de la République. On a vu plus beau comme trésor de joaillerie, mais comme il vaut une certaine somme, inutile de le critiquer…

Et quelle classe ce nouveau président ! Sur son trente-et-un dans un costard resplendissant, on ne l’a jamais vu aussi sérieux.

L’orchestre de chambre de la Garde Républicaine s’en donne ensuite à cœur joie, entonnant la Marseillaise et d’autres morceaux plus prosaïques. Les coups de canon ajoutent au faste et au caractère solennel de cette cérémonie.

Les bombes thermonucléaires sont entre de bonnes mains

Un air de tapis rouge cannois, quelques jours en avance. L’impression d’une caste à la tête du pays est flagrante. Seule différence avec la royauté, la transmission des codes nucléaires, moment obligé du cérémonial, pourtant factice : le fait que ce code puisse changer plusieurs fois par jour est un secret de Polichinelle.

Les petits fours

Bien entendu, sans rivaliser avec la garden-party du 14 juillet, toute cérémonie qui se respecte finit avec un apéritif, comportant du champagne et agrémenté de canapés étant la création du traiteur de l’Elysée. Pour sûr : Fauchon et Le Nôtre ne font pas le poids. D’autant que des âmes malveillantes pourraient empoissonner le président… Dieu soit loué, si suspection était, le spectromètre de masse remplacerait les goûteurs.

L’intronisation

Le couronnement – façon de parler – se fait par Jean-Louis Debré, président du Conseil Constitutionnel, qui rappelle à François Hollande qu’il devient le septième Président de la Cinquième République et vingt-quatrième Président de la République Française. Le discours est relativement sobre et bref : Hollande recueille 18 millions des suffrages exprimés, c’est-à-dire la majorité absolue ; en application de l’article 7 de la constitution il est élu légitimement Président. Le Conseil Constitutionnel lui fait part de ses félicitations…

La parade

Et Francis Hollande de remonter sous la pluie les Champs-Elysée en Citroën DS5, accompagné d’un cortège époustouflant : la cavalerie est de la partie, et les Champs-Elysée arborent une image de 14 juillet. Si la nouvelle voiture n’a pas une carrure extraordinaire, mais qu’elle est décrite comme la « voiture de Monsieur Tout-le-monde », on a vu pire…

Lui n’est pas bling-bling

François Hollande est soucieux de ne pas véhiculer l’image bling-bling que donnait son prédécesseur. Encore ce matin, tous les journalistes, ainsi que sa compagne Valérie Trierweiler, qui a sorti ses plus beaux talons, n’ont de cesse de répéter que le Président est un homme modeste. Espérons qu’il le reste… D’aucuns ne prétendent que si l’énarque appréciait faire ses courses, ce n’est plus la marque de supérettes G20 qu’il va fréquenter, mais le vrai G20 (le seul qu’Obama connaisse) !

Sarko file

Celle-là, j’ignore de qui elle est, mais elle est chouette :

Valérie Trierweiler démystifiée

L’émission Déshabillons-les sur Public Sénat déshabille – façon de parler – Valérie Trierweiler, la compagne de François Hollande. Seule chose étonnante : le psychanalyste invité n’a pas pensé que si François Hollande fréquente une autre femme, c’est peut-être pour se détacher – ne serait-ce qu’inconsciemment – de l’image de perdante qui colle à la peau de Ségolène Royal à cause de 2007, et qui aurait pu déteindre sur sa campagne à lui. A moins que ce soit un homme, tout simplement ?…

Toujours est-il que concilier le métier de journaliste politique et de femme de candidat n’est pas évident ! Au-delà de Madame Trierweiler, ce genre d’émission montre à quel point l’Etiquette présente à la cour des rois s’est transformée en psychologie pour en savoir plus sur la vie privée des politiques. Les commérages ne transitent plus de bouche à oreille, ils envahissent les médias, à tel point que la presse usa du néologisme « peoplisation » pour désigner la présence (excessive ?) du président Sarkozy – et de sa famille – dans la presse people.  Nous sommes bien loin de l’économie, et j’en viens à me demander si compter des journalistes parmi ses courtisans n’est pas un atout pour réussir en politique. Quant à la vie privée, n’est-elle pas, dans une sorte de storytelling, une arme supplémentaire pour s’assurer un succès ? « L’atout charme » titre Paris Match à propos de Valérie Trierweiler ; ce qui est sûr, c’est que derrière chaque grand homme il y a une femme : de Madame de Maintenon à Hillary Clinton, en passant par Jackie Kennedy ou Michelle Obama…

http://videos.publicsenat.fr/vodiFrame.php?idE=72030

Une bonne analyse du couple à lire également sur francesoir.fr, qui évoque une femme vindicative, n’hésitant pas à monter au créneau pour défendre son compagnon : http://www.francesoir.fr/people-tv/valerie-trierweiler-revanche-d-une-fausse-discrete-143717.html

Et Gala de comparer le look Trierweiler/Bruni : http://www.gala.fr/lifestyle_de_star/mode/les_stars_et_la_mode/look_carla_bruni_vs_valerie_trierweiler_260344

Une voix ne compte pas ?

En cette période électorale, alors que comme à chaque élection présidentielle sont censés se dessiner les linéaments d’une France nouvelle, certains sont tentés par l’abstentionnisme. C’est bien connu, une voix ne compte pas : ce n’est pas une petite voix de citoyen de rien du tout qui fera basculer la campagne. Et pourtant, si tout le monde raisonnait ainsi en n’allant pas voter, les résultats seraient grandement affectés. C’est le même phénomène qu’un applaudissement : qu’une personne n’applaudisse pas ne change rien, mais si personne n’applaudit… pas d’applaudissement !

Une voix est telle une goutte d’eau dans l’océan des votes : en plus ou en moins, l’océan demeure, mais si toutes les gouttes s’évaporent, l’océan se meurt… C’est ce qu’on appelle le paradoxe sorite : deux grains de sable ne font pas un tas de sable, ni dix, ni vingt, mais à partir d’un certain nombre de grains, cela fait un tas. Et si on enlève un grain à un tas, c’est encore un tas, si on enlève deux aussi, mais à partir de combien de grains ôtés n’est-ce plus un tas ?

Ce problème de raisonnement par récurrence fut soulevé en Grèce Antique par Eubulide, de l’École mégarique. En fait, « un tas reste un tas si on lui enlève un grain » n’a pas de sens si tas est une notion qualitative. L’analogie avec la notion de voisinage en topologie est flagrante, et cette question est bien plus importante qu’il n’y paraît, car si un neurone ne pense pas, une multitude de neurones interconnectées pensent ! Nous sommes là en vertu d’une loi de la théorie de la complexité qui stipule que le tout est supérieur à l’ensemble de ses parties. Plus précisément, le tout a des propriétés plus complexes que ses parties prises isolément ! Une pièce de puzzle ne représente pas un tableau, mais un assemblage de pièces constitue une réalité supérieure : c’est le principe fondateur de l’holisme.

De même, l’atome n’a, en soi, pas de chimie, mais l’assemblage d’atomes (molécule) est doté d’une chimie impressionnante. Un être ne pèse pas plus dans la société qu’une cellule dans notre corps : il en meurt tous les jours des cellules, et par millions ; mais si toutes nos cellules – ou presque – venaient à mourir, alors nous trépasserions. D’où l’idée pour les cellules de communiquer afin d’assurer plus efficacement leur survie (avant d’être pluricellulaires, les organismes unicellulaires vivaient en colonies, telle l’algue verte Volvox).

J’ai ainsi tendance à penser que les gens influent en politique communiquent. Typiquement, qui communique le plus, et le plus efficacement ? Les candidats ! Finalement, même si les voix ne sont pas coefficientées, celle d’Hollande ou de Sarkozy – pour ne citer qu’eux – comptent sûrement plus que celles du peuple, car ils entraînent le peuple avec eux dans les urnes…

Dans un organisme tel que la société, il y a plus qu’une cellule (un individu) : il y a une cellule endocrine, c’est-à-dire une cellule à activité sécrétoire. De même que les cellules des glandes surrénales sécrètent l’adrénaline (hormone, donc destinée à agir pour un organe), les politiques sécrètent des (belles) paroles, destinées à ce que d’autres agissent pour eux.

Un peu d’endocrinologie appliquée à la politique ne fait jamais de mal. D’ailleurs, à comparer le score de Sarkozy (5 points de moins depuis 2007), je finis par me demander s’il n’y aurait pas une rétroaction inhibitrice dans l’air : à force d’exercer son pouvoir, le président-sortant perd son pouvoir de persuasion.

Cette analyse politico-physiologique a ceci d’intéressant qu’elle permet de prévoir l’avenir : Sarkozy ou Hollande à l’Élysée, la France mordra les doigts. Forcément, les rétroactions valent pour tout le monde ; elles permettent de calmer les ardeurs de certaines hormones, ou de certaines personnes.

Pour l’instant, c’est la saison des amours sur la scène politique : l’effet hormonal est quasi-maximal, mais, une fois atteint son paroxysme, le mercure ne va pas tarder à baisser. L’euphorie du peuple, ce sentiment de toute-puissance qu’implique déposer un bout de papier dans l’urne, aura vite fait de laisser place à la désillusion. Là alors, quand la concentration en adrénaline baisse, celle en acétylcholine augmente… Les voix perdues ici vont ailleurs, car dans une machinerie complexe, les cellules n’aiment pas rester sans rien faire. Elles ont vite fait de troquer leur chômage contre une production accrue d’hormones FN.

Enfin bon, tout ça, ce sont des belles paroles. Comme dirait Voltaire dans les toutes premières lignes de Candide, on n’est pas loin de la métaphysico-théologo-cosmolonigologie… Pourquoi les politiques seraient-ils les seuls à avoir droit aux propos creux ?

Aussi ne puis-je passer sous silence cet amphigouri du Médecin malgré lui :

« Or ces vapeurs dont je vous parle, venant à passer, du côté gauche où est le foie, au côté droit où est le cœur, il se trouve que le poumon, que nous appelons en latin armyan, ayant communication avec le cerveau que nous nommons en grec nasmus, par le moyen de la veine cave, que nous appelons en hébreu cubile, rencontre en son chemin lesdites vapeurs qui remplissent les ventricules de l’omoplate; et parce que lesdites vapeurs…comprenez bien ce raisonnement, je vous prie; et parce que lesdites vapeurs ont une certaine malignité…Ecoutez bien ceci, je vous conjure […] Ont une certaine malignité qui est causée…Soyez attentif, s’il vous plaît. […] Qui est causée par l’âcreté des humeurs engendrées dans la concavité du diaphragmme, il arrive que ces vapeurs…Ossabandus, nequeis, nequer, potarinum, quipsa, milus. Voilà justement ce qui fait que votre fille est muette. »

Détrompez-vous, j’aime les politiques : ils brassent du vent en levant le poing en l’air. Vous ne rêvez pas : la conjoncture économique souffre les critiques inintelligibles autant que le mutisme chez Molière.

D’ailleurs, dans le genre parler pour ne pas dire grand chose, on peut aussi parler clairement, puis feindre Alzeihmer, tel Daniel Cohn-Bendit, qui scandait en mai 68 « Elections, piège à cons ». Espérons au moins qu’il gagne bien sa vie au Parlement Européen… Au moins, les Verts, on n’a pas grand chose à leur reprocher : ils se targuent de sauver les léopards et les phoques plus que l’économie.

Mais pour en revenir au problème existentiel du tas de bulletins électoraux, je n’ai de meilleure phrase en tête que la première loi de Dinotopia : « Une goutte de pluie enfante l’océan ». Les autres tombent sous le sens :

2- La survie de tout ou rien
3- Les armes sont des ennemis, même pour leurs propriétaires
4- Donner plus, prendre moins
5- Les autres d’abord, soi-même en dernier
6- Observer, écouter et apprendre
7- Faire une chose à la fois
8- Chanter chaque jour
9- Exercer l’imagination
10- Manger pour vivre, ne pas vivre pour manger
11- Trouver la lumière

Avec ces commandements perspicaces, je finis par me demander si le Parlement Dinotopien, composé de sauriens, est plus fou que le nôtre : à Dinotopia, au moment des élections, la population est divisée entre la défense de l’environnement et les progrès technologiques, et la cité est en émoi à l’annonce de la dix-millième naissance d’un bébé chasmosaure…

Moi, je vote stégosaure, le seul dinosaure qui tient en respect le redoutable tyrex grâce à ses écailles massives ! Dans notre société à nous, le bouclier (fiscal), c’est l’argent. Les niches fiscales remplacent les niches écologiques, et la vie va bon train…

Stégosaure

Reconstitution d’un stégosaure.