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Lépine/Merah : pas si différents

Avec l’affaire Merah, je suis étonné que personne n’ait fait le lien avec la tuerie de l’école polytechnique de Montréal. Bref rappel des faits : le 6 décembre 1989, un déséquilibré, Marc Lépine, ouvre le feu sur une trentaine de personnes, à l’intérieur même des locaux de l’école polytechnique de Montréal, au Québec. Il tue quatorze personnes, uniquement des femmes, et en blesse évidemment beaucoup d’autres. Or ce déséquilibré, décrit comme intelligent par la police, n’était pas un marginal : il était lui-même étudiant en sciences à l’école polytechnique de Montréal !

Marc Lépine se suicide à la fin de son massacre, en prononçant « Oh, shit ! ». Le point commun avec Mohammed Merah ? Lépine fut refusé dans les forces armées canadiennes, de même que Merah dans l’armée française. D’ailleurs, Lépine n’est pas son vrai nom : il s’appelait  Gamil Gharbi, et a décidé de changer son nom algérien pour un patronyme plus canadien : changer de nom ne révèle-t-il pas un certain mal-être ? Dans ces histoires, on ne peut s’empêcher de penser à Hitler, qui de se lancer en politique était peintre ! Non reconnu dans son art, il en a conçu une certaine misanthropie. Souvent, un échec cuisant mène à des problèmes, même si dans le cas d’Hitler ces problèmes prirent des dimensions faramineuses, et que d’autres facteurs entrent en ligne de compte.

C’est tout le problème de la reconnaissance sociale : face à un échec, certains se réfugient dans la folie. Plutôt que rebondir !

Une professeure suspendue pour avoir donné un sujet sur Merah

Ce matin, une professeure de Français suspendue fait la une de l’actualité. Elle a demandé à ses élèves leur avis sur l’affaire Merah. « Est-ce une bonne chose d’avoir tué Mohammed Merah  ? », telle est la question pour le moins polémique sur laquelle ont dû plancher des élèves de troisième du collège Pasteur de Lavelanet, dans l’Ariège.

Le recteur déplore l’intitulé, qui suppose que le fait de tuer quelqu’un pourrait être une bonne chose. » Pour cette raison, elle est suspendue « à titre conservatoire ».

On pourrait disserter sur le sujet d’actualité proposé par la professeure. Tuer n’est jamais une bonne chose, mais face à des êtres signant leur sortie de l’Humanité en commettant des actes de barbarie, c’est la moins mauvaise chose. Le plan est vite fait…

Seul hic, en philosophie on a pour habitude d’étudier le présupposé du sujet : « bonne chose d’avoir tué » paraît un peu tendancieux ; cela sous-entend que Merah a été tué délibérément. Un professeur de philosophie eut sans doute été plus à même de formuler un sujet, d’autant plus que les élèves de troisième n’ont pas forcément les outils intellectuels pour répondre à une question s’apparentant à la philosophie.

Et Merah martelait « vouloir tuer encore quelques policiers ». Face à cet acharnement meurtrier, la société semble dans la légitimité en donnant la mort – qu’elle soit volontaire ou non : en effet, on agit pour la survie de l’espèce, donc s’il fallait tuer cent fous pour protéger deux Hommes, le calcul ne serait pas bien compliqué. Entre les islamistes combattant les Croisés et les Juifs, et les fous d’extrême droite combattant les islamistes (le procès d’Oslo se tient en ce moment-même), on ne sait plus où donner de la tête dans ce monde sans repères.