Une affaire de morale chocolatée

Aujourd’hui, j’ai fait une chose mal ! Je n’ai point commis de pêché, mais tout de même… J’ai mangé la dernière mousse au chocolat, au lieu de la laisser à ma sœur ! Le truc, c’est qu’elle ne savait pas qu’il n’en restait qu’une, alors pour me consoler (comme j’ai un grand cœur !), je me suis dit ceci : ne t’en fais pas, elle n’est pas malheureuse puisqu’elle n’en sait rien ! J’allais engager une profonde réflexion : un SDF fouinant en forêt à la recherche de scarabées frais n’est pas si malheureux : il a (presque) tout ce qui lui faut, en comparaison du SDF passant devant une vitrine alléchante de pâtisserie…

Plus généralement, la connaissance rend envieux ! On imagine ces filles et ces garçons magnifiques nous attendant quelque part sur Terre… Mais on ne les désire pas tant que ça : ils sont indéfinis, ils n’existent que dans la masse des êtres humains tant qu’on ne les connaît pas ! Pas les stars, mais les beautés lambda, qui n’ont pas de nom pour l’heure, mais qui pourraient devenir nos partenaires, pour peu que le chemin croise le nôtre. Comme dirait Verlaine, ce rêve étrange et familier…

De même, on n’envie pas le dernier iPad quand on a vécu à la campagne toute sa vie avec un baladeur-cassettes : l’environnement urbain (les affiches), la télévision, créent un besoin (artificiel ?) en nous faisant découvrir quelque chose qu’on n’a pas… et qu’on ne savait pas exister jusque là, du moins pas sous cette forme (l’iPad dans sa dernière version, pas la vieillerie d’il y a deux ans…).

Le désir sous-tend la connaissance (ou l’inverse) : vous avez envie de ce gâteau-là (une religieuse, un éclair, un millefeuille…), de cette fille-là, de ce garçon-là… Le désir se fixe un objet, une cible, une target en bon français ! On ne sera jamais envieux d’un gâteau pourtant délicieux si on n’en a n’a pas eu vent parce qu’il n’existe qu’au bout du monde…

Eux, leur cible, il faut croire qu’ils se la sont fixée !

C’est alors que la morale entre en scène : me rappelant mes cours de philo de Terminale, j’ai les airs d’un monstre, d’après Kant ! En mangeant une mousse au chocolat et en justifiant ce que je sais pertinemment être mal, je déroge aux impératifs moraux kantiens. En substance, Kant affirme (voir un bref cours de philosophie : lien), qu’il n’y a pas de prétexte à mal agir : le chauffard qui poursuit sa route en passant auprès d’un blessé peut trouver toutes les excuses du monde ; une voix au fond de lui murmure « porte-lui assistance ». L’idée n’est pas de s’appesantir sur la parabole du Bon Samaritain, mais de pas réfléchir à la morale, qui est sacrée.

Si un Homme tombe à l’eau et qu’on ne sait pas nager, il nous incombe de tout faire pour l’aider. Commencer par appeler les secours, puis se débrouiller avec n’importe quel moyen (une bouée pour enfant !) pour l’aider. S’il n’y a vraiment aucun moyen de se débrouiller, il est inutile de se jeter à l’eau pour se noyer aussitôt, mais s’il y a une lueur d’espoir, grâce à une bouée d’enfant traînant sur la plage, tout doit être tenté ! Ne pas le faire alors qu’on en a eu l’idée serait un manquement à la morale. Pire encore, se justifier trahit la conscience de sa faute : un homme irréprochable n’a pas besoin de répéter sans cesse qu’il tient à sa femme et qu’il n’a pas de maîtresse…

À propos de Alexandre Cohen

Etudiant en médecine et journaliste en herbe. Suivez-moi sur Twitter !

Publié le 25 mai 2012, dans Philosophie. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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